Feu vert pour la diversité. Les thuyas, longtemps chouchous des haies françaises, perdent du terrain – dans tous les sens du terme. En 2026, les professionnels de l’aménagement paysager plantent autre chose. Disparition soudaine ? Pas vraiment. Mais l’élan actuel marque un changement irréversible : le rideau se baisse doucement sur cette icône des années 80.
À retenir
- Pourquoi les thuyas déclinent chez les jardiniers et professionnels.
- Quelles essences remplacent désormais les thuyas dans les haies.
- Les enjeux écologiques, économiques et esthétiques du changement.
Pourquoi le thuya s’efface, mètre par mètre
La scène se répète chaque printemps. Un propriétaire réalise qu’un pan entier de sa haie jaunit. Parfois sur cent mètres, comme en Dordogne chez un retraité dépassé par la tournure prise par ses “indémodables” thuya occidentalis. “On croyait planter pour la vie : résultat, il a tenu trente-cinq ans, mais la moitié est partie en copeaux cette année.” L’arbre qui masque la vue mais aussi la lumière, et que les maladies affaiblissent – voilà l’équation qui pousse les jardiniers à changer de cap.
Côté professionnels, l’avis est tranché : le thuya, jugé trop banal, gourmand en eau, vulnérable aux sécheresses récurrentes et pathogènes importés, ne fait plus recette. Les chiffres des pépiniéristes sont limpides : entre 2015 et 2025, les ventes de thuyas ont chuté de plus de 60 %. C’est comme si tout le département de la Vendée avait remplacé ses rideaux verts en dix ans. Derrière ce déclin, un mur de préoccupations écologiques, sanitaires et esthétiques.
Nouvelles tendances : l’heure de la biodiversité et du naturel
Adieu ligne droite monocorde ; place aux écrans vivants. Depuis deux ans, les paysagistes s’arrachent les essences locales, rustiques ou même rustiques-chics, pour composer des haies variées, plus intéressantes pour la faune… et beaucoup moins vulnérables. Laurier-tin, charmille, viorne, cornouiller, troène, noisetier, seringat. À chacun son éclat, à chaque saison sa surprise.
Prenez les micro-parcelles du Val-de-Marne, autrefois ceinturées par des thuyas ultradenses. Désormais on alterne feuillages persistants et caduques, on laisse une place grandissante aux floraisons printanières et aux baies colorées. Ce n’est pas anodin : en ouvrant la gamme végétale, on attire oiseaux, pollinisateurs, petits mammifères. À la clé : moins de traitements, plus de résilience face aux sécheresses et aux parasites.
Un professionnel résume : “On ne vend plus la haie comme une simple cloison, mais comme un écosystème fonctionnel.” Fini le coupe-vent monotone, bonjour la haie-village. Les collectivités emboîtent le pas : dans le Morbihan, 90 % des haies remplaçant des thuyas sont aujourd’hui des mélanges de quatre à six espèces – un record national.
À quoi ressemblent vraiment les haies de 2026 ?
La transformation ne concerne pas que la campagne. De plus en plus de jardins urbains prennent le virage. Ce que l’on plante en ce moment ? Du sur-mesure, forcément. Les pro ne recommandent plus de haies uniformes, mais des associations adaptées au sol, à l’exposition et même au style de la maison. Pour un terrain sec : amélanchier, genévrier, eleagnus. Dans une zone fraîche : charme, aubépine, noisetier. Contrairement aux idées reçues, ces nouvelles compositions protègent aussi bien des regards que d’une bise hivernale – et elles se tondent beaucoup moins.
Effet collatéral : redécouverte de variétés oubliées. Le troène commun, longtemps méprisé comme “plante de grand-mère”, fait un retour discret mais stable. Le prunellier, chéri des oiseaux, retrouve la faveur des adeptes de haies sèches. Quant aux amateurs de fleurs, ils réclament seringat ou viorne obier – promesse d’une explosion de parfums au début de l’été.
Un chiffre symbolique : en 2025, pour la première fois, plus de la moitié des créations de haies faites par les paysagistes en France utilisaient au moins cinq essences différentes. L’époque du mono-espèce est bel et bien révolue.
Réglementation, économie, entretien : les autres raisons du changement
Ce n’est pas seulement une question de bon goût. Les collectivités locales encouragent – parfois imposent – l’arrachage des haies de résineux jugées non adaptées. Depuis 2024, plusieurs départements proposent même une aide financière si l’on opte pour des haies “biodiversité”. Détail important : une haie variée absorbe mieux le bruit, filtre davantage de pollution et stocke trois fois plus de carbone qu’une haie monoculture.
Côté portefeuille, le calcul commence à s’imposer. Un linéaire de thuya coûtait moins cher à la plantation, mais les frais de coupe et traitements phytosanitaires explosent dès que la haie dépérit. Certaines espèces locales prospèrent sans jamais réclamer d’engrais ni de pesticide. Résultat : des économies sur l’arrosage (jusqu’à 60 % d’eau économisée selon la FNPHP), et moins d’allées-retours anxieux à la déchetterie. On pense installer plus, mais on entretient moins. Pour les propriétaires de maisons secondaires, c’est la solution la plus sereine.
Anecdote d’un jardin partagé à Nantes : il a suffi de remplacer des thuyas hululant de fatigue par un mix Pommier d’ornement, lilas et érable champêtre. Six mois après, rougequeues à front blanc et mésanges charbonnières y ont élu domicile. La vie reprend vite lorsque la haie s’ouvre à la diversité.
Un mot sur la peur de “l’aspect fouillis”. Le marché des haies forme libre fait bouger les lignes : la demande pour des tailles moins strictes bondit, poussée par la mode anglaise et les tutoriels de permaculture en ligne. Le dogme du “tout net” cède du terrain au profit de la spontanéité maîtrisée. Et finalement, le regard du voisin suit le mouvement.
Si la tentation de replanter du thuya demeure chez certains nostalgiques, la France verte de 2026 connaît à présent la richesse d’un écran végétal « intelligent », pensé comme un salon d’oiseaux ou un sas pour papillons. Exit le rideau de plastique vivant : la haie s’invente colorée, accueillante, évolutive.
Une page se tourne, mais la suivante s’écrit à huit mains – celles des oiseaux, des insectes, des pros et du jardinier du dimanche. Une question reste : demain, faudra-t-il aussi inventer des haies capables d’évoluer seules au fil du climat… ou simplement apprendre à aimer cette diversité retrouvée ?