J’ai vu quelques papillons blancs voleter autour de mes buis en juillet : quand j’ai écarté les branches dix jours plus tard, il était trop tard

Ce papillon blanc nacré qui volette autour d’un buis en juillet n’est pas un simple insecte de passage : c’est la pyrale du buis adulte, et sa présence signifie qu’une ponte est déjà en cours. Dix jours plus tard, quand les branches révèlent enfin leur intérieur rongé, les chenilles ont eu tout le temps de s’installer et de commencer leur travail de destruction. Le mal est fait avant même qu’on ait vu le premier signe extérieur d’alerte.

À retenir

  • Un papillon blanc nacré en juillet : c’est déjà trop tard pour empêcher la ponte
  • Dix jours suffisent pour que les larves transforment un buis sain en squelette
  • Une seule femelle peut pondre jusqu’à 1200 œufs et compromettre une haie entière

Ce papillon inoffensif qui ne l’est pas du tout

L’adulte lui-même ne mange pas de buis. C’est la chenille de la pyrale qui pose problème, le papillon lui ne fait que butiner, se nourrissant exclusivement de buis tout au long de son stade larvaire. Mais ce détail rassurant cache un piège : ce papillon vit anormalement longtemps pour un lépidoptère nocturne, et il met ce temps à profit pour pondre massivement.

La femelle a une durée de vie d’environ 15 jours, temps qu’elle va mettre à profit pour pondre jusqu’à 1200 œufs dès le 7ème jour de sa vie, en 2 à 4 fois, déposant ses ooplaques sous le revers des feuilles de buis. Un chiffre qui donne le vertige quand on pense qu’une seule femelle suffit à compromettre une haie entière. L’espèce n’a rien de local : depuis son arrivée en France en 2007, la pyrale du buis (Cydalima perspectalis) n’a cessé de proliférer sur le territoire, colonisant aujourd’hui la quasi-totalité des départements métropolitains.

Reconnaître l’adulte n’est pas difficile une fois qu’on sait quoi chercher. L’imago a une envergure moyenne de 36 mm avec un maximum de 44 mm, les ailes sont d’un blanc nacré, bordées d’une bande brun terne avec des irisations dorées et violacées. Ce détail doré, presque élégant, le distingue de tous les papillons blancs qu’on croise habituellement au jardin. S’il vous en semble anodin qu’un ou deux insectes tournoient autour de vos arbustes, détrompez-vous : chaque femelle repérée représente potentiellement plusieurs centaines d’œufs pondus dans les prochaines heures.

Dix jours, le temps que tout bascule

L’éclosion suit très vite la ponte. L’éclosion des œufs est rapide, environ une semaine, et la durée du cycle complet de la pyrale du buis va durer entre 40 et 60 jours à une température moyenne de 25°, donc 2 mois maximum d’œuf à œuf. En juillet, avec les températures estivales, ce cycle tourne à plein régime. Dix jours après avoir vu voler les papillons, les jeunes larves sont déjà bien installées et actives.

Le problème, c’est que ces chenilles ne se montrent pas au grand jour. L’infestation se remarque tardivement car les buis sont attaqués de l’intérieur : le feuillage s’assèche et brunit, s’ensuit une défoliation qui peut détruire une haie en une saison. Quand on écarte enfin les branches pour vérifier, on découvre souvent un massacre déjà bien avancé, alors que la façade extérieure du buis semblait encore verte quelques jours plus tôt.

La voracité de ces larves n’a rien d’anecdotique. Entre les stades larvaire et nymphal, chaque chenille détruit environ 45 feuilles de buis, et après 4 semaines d’activité, elles tissent leur cocon et vont y rester 3 semaines avant d’en ressortir métamorphosées sous forme de papillon. Multipliez ces 45 feuilles par les centaines de larves issues d’une seule ponte, et vous comprenez pourquoi un buis peut passer de sain à squelettique en à peine deux semaines. Dans un premier temps, la chenille gratte l’épiderme sur la face inférieure de la feuille, après quoi elle consomme la feuille entière, si bien que le buis est totalement mis à nu en un rien de temps et tout ce qui reste sont des feuilles mortes, des rameaux nus, des squelettes de feuilles et des fils de soie.

Autre mauvaise nouvelle : juillet correspond justement à une génération active. En France et dans une grande partie de l’Europe, la pyrale du buis produit généralement deux à trois générations par an, avec une première vague au printemps (avril à juin), une seconde en été (juillet à août) et parfois une troisième en début d’automne. Les papillons blancs de juillet annoncent donc précisément cette deuxième vague, souvent la plus discrète parce que cachée par la végétation dense de l’été.

Ce qu’il faut faire avant qu’il ne soit trop tard

La bonne nouvelle, c’est qu’un traitement bien mené reste efficace même après l’apparition des chenilles, à condition d’agir vite. Le traitement biologique de référence reste le Bacillus thuringiensis, une bactérie sans danger pour les auxiliaires du jardin. Cet insecticide biologique est parfaitement sélectif et extrêmement respectueux des autres espèces d’insectes, de l’homme et de l’environnement ; la chenille est infectée lorsqu’elle dévore les parties de la plante pulvérisées par la bactérie.

L’efficacité dépend beaucoup de la qualité d’application. Il est efficace sur les larves et les jeunes chenilles, qui meurent entre 2 et 5 jours après ingestion de la bactérie, tout en restant compatible avec les auxiliaires biologiques et les insectes pollinisateurs. Encore faut-il pulvériser correctement : l’efficacité dépend de la quantité de produit ingérée par les chenilles, la qualité de la pulvérisation étant un facteur clé, elle doit être homogène et privilégier la couverture complète de la zone à traiter surtout le centre de l’intérieur du buis. C’est précisément là que la plupart des jardiniers ratent leur coup : ils traitent la surface visible du buis en négligeant le cœur du feuillage, là où les larves se cachent réellement.

Un détail technique change tout : le moment de la journée. Traiter le soir de préférence car cette bactérie est sensible au soleil, le produit étant d’autant plus efficace qu’il est appliqué lorsque les chenilles sont jeunes (moins de 3 cm). Un traitement pulvérisé en plein soleil de midi perd une bonne partie de son efficacité avant même d’avoir agi.

Écarter les branches régulièrement, sans attendre les dix jours fatidiques, reste le meilleur réflexe préventif. Pour trouver les chenilles de la pyrale du buis, il faut inspecter attentivement l’intérieur des buissons, en écartant les branches. Une inspection hebdomadaire suffit généralement à repérer les premières traces de grignotage avant que la défoliation ne devienne visible de loin. Et pour ceux qui veulent anticiper la ponte plutôt que de courir après les chenilles, des pièges à phéromones existent désormais pour suivre l’arrivée des papillons adultes et déclencher un traitement au bon moment, avant même que les œufs n’éclosent.

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