La découverte a eu lieu un matin d’avril, le long de la haie de troènes qui sépare mon jardin de celui du voisin. Un hérisson immobile, une plaie ouverte sur le flanc, du sang séché mêlé à l’herbe fraîchement coupée. mon robot tondeuse avait tourné cette nuit-là, comme toutes les nuits depuis des mois, programmé entre minuit et 5 heures pour ne réveiller personne. Ce jour-là, j’ai compris ce que faisaient ses lames pendant que je dormais : elles chassaient, sans le vouloir, la faune la plus discrète de mon jardin.
Ce n’est pas une coïncidence isolée. Environ 27 000 hérissons sont victimes de mutilations ou de décès chaque année en France à cause des robots tondeuses. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que l’espèce est déjà en recul. Cette espèce est déjà en déclin sérieux, en raison de la perte d’habitat, des accidents de la route, de l’agriculture intensive, et des blessures causées par les morsures de chiens et les débroussailleuses de jardin. Les robots tondeuses sont venus s’ajouter à cette liste déjà longue, et pas de manière anodine.
À retenir
- 27 000 hérissons meurent chaque année en France à cause des robots tondeuses
- Le réflexe naturel du hérisson — se mettre en boule — le rend vulnérable aux lames silencieuses
- Aucun modèle testé ne détecte correctement les hérissons selon une étude d’Oxford
Pourquoi la nuit est le pire moment pour tondre
Le hérisson n’est pas conçu pour affronter une machine. C’est un animal qui a survécu des millions d’années grâce à une seule stratégie : se figer. Face au danger, son réflexe n’est pas de fuir : il se met en boule. Un choix efficace contre un renard… mais catastrophique face à des lames. Un robot tondeuse ne grogne pas, ne bouge pas les feuillages, n’émet aucune odeur de prédateur. Il glisse silencieusement, et c’est précisément ce silence qui le rend dangereux.
Les fabricants vantent souvent des capteurs capables d’éviter les obstacles. Dans les faits, la détection arrive trop tard. Si les tondeuses détectent les obstacles, le museau pointu du hérisson se trouve au ras du sol et il est alors trop tard lorsque la tondeuse détecte l’animal et s’arrête. Une équipe de chercheurs britanniques a même testé la question avec des mannequins imprimés en 3D en forme de hérisson, glissés sous des dizaines de modèles de robots. Le verdict, rapporté par une étude relayée en France, est sans appel : une étude menée par l’Université d’Oxford a d’ailleurs montré qu’aucun des modèles testés ne détecte correctement les hérissons. l’argument marketing de la tondeuse « intelligente » qui épargne la faune reste, pour l’instant, largement théorique.
Les jeunes individus paient le tribut le plus lourd. Les jeunes hérissons sont encore plus vulnérables : plus petits, moins puissants, moins expérimentés. Un robot peut les « prendre » plus facilement sous sa coque, et leurs blessures sont proportionnellement plus graves. Et le pire n’est pas toujours visible immédiatement : un animal qui survient à l’accident peut mourir des jours plus tard, loin des regards. Même lorsqu’il survit sur le moment, un hérisson blessé s’affaiblit vite : douleur, difficulté à se nourrir, infections, parasites, et risque de mourir à l’abri, sans être vu.
Ce que les régions voisines ont déjà tranché
Face à l’ampleur du phénomène, certains territoires ont légiféré. En Belgique, la Wallonie a été pionnière. L’arrêté prévoit une interdiction de l’utilisation des robots-tondeuses entre 18h00 et 09h00. La mesure ne sort pas de nulle part : elle répond à une accumulation de signalements dans les centres de soins. Chaque année, des centaines de hérissons sont recueillis dans des centres de soins pour animaux sauvages, comme le Creaves, en raison d’accidents dus aux tondeuses-robots. Certaines communes belges sont allées plus loin sur le plan local, comme Mouscron, où il indiquera d’ici peu qu’il est interdit de laisser fonctionner sa tondeuse autonome entre 18 heures et 9 heures, période durant laquelle ces mammifères piquants sont les plus actifs.
En France, rien de tel n’existe encore au niveau national. En France, il n’existe aujourd’hui aucune réglementation spécifique concernant l’usage des robots tondeuses pour protéger les hérissons. Autant dire que la responsabilité repose entièrement sur les épaules des propriétaires de jardin, sans cadre légal pour les y contraindre.
Ce que j’ai changé dans mon jardin depuis
Le premier réflexe, celui qui coûte zéro euro, consiste à reprogrammer l’appareil. La mesure la plus efficace est aussi la plus simple : reprogrammer le robot en journée. L’objectif est d’éviter le créneau crépuscule, nuit et tout début de matinée, quand les hérissons circulent. En pratique, une tonte en plein jour réduit fortement le risque de croiser la faune nocturne. J’ai basculé mon créneau entre 11 heures et 16 heures, quitte à accepter le bruit en pleine journée. Un compromis largement préférable à une amputation.
J’ai aussi revu le tracé du fil périphérique qui délimite la zone de tonte. Placer le fil de délimitation de l’espace de tonte à 20 cm du bord permet au hérisson de circuler en sécurité le long des bordures et sous les buissons, précisément là où les hérissons transitent le plus, sous les haies et le long des clôtures. Et j’ai laissé un coin du jardin volontairement en désordre, avec un tas de bois mort près de la haie, sans savoir encore que cela deviendrait un refuge. Laisser des espaces sauvages dans le jardin, avec des haies et des tas de feuilles, offre des refuges parfaits où les hérissons dorment en toute sécurité pendant la journée.
Le hérisson que j’ai trouvé ce matin-là a survécu, recueilli par un centre de soins à trente minutes de chez moi, mais avec une patte en moins. Un détail que les centres belges connaissent bien : à Perwez, un CREAVES rapporte avoir accueilli près de 20 hérissons par jour lors des pics d’affluence printanière, certains mutilés au point que la survie relève du miracle. Ce genre d’anecdote, aussi anodine qu’un simple réglage d’horaire sur une application mobile, suffit parfois à transformer durablement la manière dont on entretient son bout de pelouse.
Source : planetezerodechet.fr