Un thuya qui vire au roux, rameau après rameau, en plein cœur de l’été : le réflexe est presque toujours le même. On accuse la canicule, le manque d’arrosage, le stress hydrique classique. Pourtant, ce brunissement localisé et progressif, qui grignote la haie branche par branche plutôt que d’un seul coup, porte souvent la signature d’un champignon pathogène ou d’un ravageur, pas celle de la sécheresse.
À retenir
- Un brunissement qui progresse rameau par rameau, c’est rarement la sécheresse — quel coupable se cache vraiment dans votre haie ?
- Trois champignons discrets mais dévastateurs prospèrent en silence : comment les reconnaître avant qu’il ne soit trop tard
- Un détail qui ne trompe jamais : ce petit filet de résine à la base d’une branche morte révèle l’identité du vrai responsable
Pourquoi la sécheresse est le mauvais suspect
Le stress hydrique existe bel et bien chez le thuya, mais il produit un symptôme différent de celui qui inquiète en août. Quand le manque d’eau est en cause, le brunissement touche l’ensemble du feuillage de façon assez homogène, souvent à l’intérieur du houppier, et s’accompagne d’un dessèchement général plutôt que d’une progression rameau par rameau. Un autre acteur estival mérite d’ailleurs d’être écarté avant de conclure trop vite : en été, par temps chaud et sec le feuillage peut légèrement brunir à cause d’une invasion d’araignées rouges. Ces minuscules acariens profitent de la chaleur pour proliférer, mais leur signature reste diffuse, sans les nécroses localisées qui caractérisent les vraies maladies du thuya.
Le vrai indice qui doit alerter, c’est la progression sélective : un rameau touché, puis un autre à côté, puis un troisième un peu plus loin, sur plusieurs semaines. Cette dynamique en tache d’huile trahit un agent biologique actif, capable de se propager d’une branche à l’autre, ce que la sécheresse seule ne fait jamais.
Les vrais coupables : des champignons discrets mais redoutables
Plusieurs champignons s’attaquent spécifiquement aux jeunes rameaux du thuya et provoquent exactement ce type de brunissement progressif. Le Kabatina thujae en est un exemple typique : il cause des chancres sur les jeunes rameaux, discernables par de petites nécroses ovales. Il agit souvent en toute discrétion, profitant d’une petite blessure de taille ou d’une plaie causée par le vent pour s’installer.
À ses côtés, on retrouve fréquemment Pestalotiopsis funerea et Phomopsis juniperovora, trois champignons qui cohabitent volontiers sur un même sujet. Les experts du secteur l’observent régulièrement à l’automne, mais le processus démarre bien avant : une majorité de causes sont liées à de mauvaises conditions agronomiques et culturales profitables à d’autres champignons, notamment pestalotiopsis funerera, phomopsis juniperovora, kabatina thujae, fréquemment présents en même temps sur une même plante, et les brunissures touchent d’abord quelques rameaux gagnant peu à peu l’ensemble des branches, avec un jaunissement des rameaux atteints de l’extrémité vers la base, puis un dessèchement. Voilà exactement le scénario qui se joue sous vos yeux en août : ce n’est pas un hasard si le rameau du fond de la haie brunit une semaine, puis celui d’à côté la semaine suivante.
Plus grave encore, le chancre cortical, causé par le champignon Seiridium cardinale, laisse une signature presque chirurgicale. Ce rameau jaunit, s’affaisse puis brunit et dessèche, et à la base du rameau apparaît une lésion chancreuse accompagnée d’un écoulement résineux caractéristique. Ce petit filet de résine à la base de la branche morte est le détail qui ne trompe pas : une sécheresse ne fait jamais suinter de résine. Ce champignon peut atteindre la plante de diverses manières : par les plaies de taille, des fissures provoquées par le vent, des galeries d’insectes, ou encore les dégâts liés au froid, ce qui explique pourquoi les haies récemment taillées, ou celles qui ont subi un coup de gel l’hiver précédent, sont particulièrement exposées l’été suivant.
Un ravageur peut aussi mimer les symptômes d’une maladie fongique : le puceron des rameaux du thuya. Discret mais actif en cette période, il suce la sève des rameaux du thuya, qui prennent ensuite une couleur brun jaune et se dessèchent, et les premiers pucerons ailés peuvent être observés de juin à août. Un examen à la loupe des rameaux encore verts, juste à côté des zones brunies, permet souvent de les repérer avant qu’ils ne colonisent le reste de la haie.
Le cas le plus sévère reste toutefois le phytophthora, un champignon qui attaque par les racines et non par les rameaux visibles en surface. Phytophthora cinnamomi attaque les racines et provoque un brunissement soudain et progressif du feuillage, jusqu’à concerner la totalité des rameaux ; la plante atteinte est condamnée. Contrairement aux autres agents cités, celui-ci ne laisse quasiment aucune chance de rattrapage une fois les symptômes visibles.
Que faire concrètement face à ces rameaux qui brunissent
La première chose à faire, c’est de couper. Il faut tailler et détruire les rameaux et branches infectés, en désinfectant le sécateur entre chaque coupe pour éviter de propager le champignon d’une branche saine à l’autre. Ce geste, simple et gratuit, limite déjà l’ampleur des dégâts sur une haie encore peu atteinte.
Côté prévention, l’aération de la haie compte autant que le traitement lui-même. Une haie de thuyas plantée trop serrée, ou jamais éclaircie, crée un microclimat humide et confiné qui favorise précisément le développement de ces champignons. Un sol qui draine mal aggrave encore la situation : si le sol est très lourd, argileux et qu’il retient l’eau en excès, le Phytophthora, un redoutable champignon, peut être le responsable. Un apport de compost bien décomposé au printemps, associé à un léger décompactage autour du pied, améliore durablement le drainage sans nécessiter de gros travaux.
Un dernier point mérite d’être précisé, car il évite bien des paniques inutiles : toutes les aiguilles brunes ne signalent pas forcément une maladie. Les thuyas perdent régulièrement certaines de leurs aiguilles, surtout en automne, un phénomène connu sous le nom de chute physiologique qui affecte principalement les aiguilles intérieures ne recevant pas la lumière, et ce vieillissement est naturel et non préjudiciable. La différence se joue sur l’emplacement : à l’intérieur du houppier et sans progression, c’est la nature qui fait son travail ; en périphérie et de rameau en rameau, c’est le moment de sortir le sécateur et la loupe.
Sources : jardinage.pagesjaunes.fr | leperray.fr