Planter un arbre fruitier, c’est facile. Le former correctement pendant ses premières années — c’est là que tout se joue.
Les soins et les tailles effectués lors des premières années qui suivent la plantation d’un arbre fruitier sont déterminants pour son devenir : sa forme, sa vitalité, sa production.
Une mauvaise charpente à 2 ans, et vous corrigerez encore à 20 ans. Une structure bien pensée dès le départ, et l’arbre vous le rend pendant des décennies. Voici tout ce qu’il faut savoir sur la taille de formation du jeune arbre fruitier, année par année.
Qu’est-ce que la taille de formation, et pourquoi est-elle irremplaçable ?
Par « taille de formation », par opposition à « taille de fructification », « taille d’entretien » ou « taille de régénération », on entend la taille conduite pendant les premières années d’un arbre et qui vise à bien établir sa charpente.
Concrètement, il s’agit de sculpter l’arbre avant qu’il ne se construise tout seul, et souvent de travers.
La taille de formation se réalise en général pendant les 3 à 5 années qui suivent la plantation. Il s’agit de supprimer stratégiquement certaines branches pour guider l’arbre vers la forme que l’on souhaite lui donner, dans le but de lui donner un bon équilibre pour qu’il se développe correctement.
Le résultat ? Une architecture pérenne.
Un arbre bien formé met deux à trois ans à structurer, mais il vous le rendra pendant vingt ou trente ans.
La différence avec la taille de fructification est fondamentale.
Une fois l’arbre adulte, la taille de fructification devient indispensable pour maintenir une production régulière et de qualité.
Pendant la formation, on s’occupe des fondations. Pendant la fructification, on optimise la récolte. Confondre les deux revient à vouloir décorer une maison dont on n’a pas encore posé les murs porteurs.
Les charpentières sont le squelette de l’arbre, les branches principales. Les coursonnes sont les branches secondaires qui vont supporter les boutons floraux, les fruits et brindilles. Puis les brindilles sont le dernier niveau de branches, les bois les plus jeunes de l’année.
Comprendre cette hiérarchie, c’est comprendre pourquoi chaque coupe compte.
Pour une vision complète de l’ensemble du cycle de vie d’un fruitier, l’article sur l’entretien arbre fruitier jardin vous donnera toutes les clés saison par saison.
Quand commencer, et avec quels outils ?
La période idéale pour la taille de formation est de novembre à mars, car l’arbre est en repos végétatif, ce qui permet une meilleure cicatrisation des plaies et un risque de maladies limité.
La dormance est votre alliée : la sève ne circule plus, l’arbre subit le choc de la taille sans le ressentir comme une agression.
Attention toutefois à ne pas tailler pendant les périodes de gelées. C’est en été que la cicatrisation est la plus rapide (comptez 3 jours contre 40 en hiver), une petite taille en juin n’endommage pas l’arbre.
Faut-il tailler dès la première année ? Oui, sans hésitation.
La taille de formation démarre juste après la plantation.
C’est même à ce moment précis que se joue la hauteur définitive du tronc.
Une fois déterminée par cette première taille, la hauteur choisie pour le tronc sera définitive. Il faut donc bien réfléchir au départ, car on ne peut choisir qu’une seule fois !
Côté outils, pas de compromis.
La taille d’un arbre fruitier se fait, en fonction de la taille des rameaux et des branches, avec un sécateur à lames franches, un coupe-branche, voire une scie d’élagage pour les branches les plus grosses.
Pour limiter la propagation des maladies, désinfectez soigneusement vos outils de taille entre deux utilisations. Veillez également à ce que ces outils soient toujours bien affûtés, afin de réaliser des coupes franches, moins susceptibles de favoriser les maladies.
Sur les grosses coupes, il est utile d’appliquer un mastic de cicatrisation, toujours dans le but d’éviter les maladies.
Pour l’angle de coupe, la règle est simple et universelle :
une coupe doit toujours s’effectuer à 0,5 cm d’un bourgeon situé à l’extérieur de l’ensemble des branches.
Taillez toutes les nouvelles pousses de moitié, jusqu’à un bourgeon orienté vers l’extérieur, en faisant la coupe à un angle de 45 degrés.
Ce détail change tout : une coupe vers l’intérieur, et vous créez un gourmand au lieu d’une belle ramification ouverte.
Les trois premières années, étape par étape
Année 1 : poser les bases de la charpente
Le point de départ dépend du matériel acheté.
Un scion est un jeune arbre d’un an greffé sur un porte-greffe. Il se présente sous la forme d’une tige unique, droite, sans ramification. C’est la forme la moins chère à l’achat, mais aussi celle qui demande le plus de travail.
Si vous partez d’un scion, la première coupe est décisive.
À partir d’un scion d’un an de greffe, coupez 20 cm au-dessus de la hauteur de tronc souhaitée, au-dessus de trois yeux bien répartis autour de l’axe. Trois rameaux en naîtront : ce sont les charpentières.
Un point à surveiller impérativement :
la sève est toujours plus attirée vers le haut, donc elle alimente plus le bourgeon supérieur. Pour éviter cela et conserver un équilibre de vigueur entre les trois futures charpentières, pincez le bourgeon terminal de la plus vigoureuse. Sa croissance est ralentie au profit des deux autres.
Une précaution souvent négligée :
la seule chose à respecter est le point de greffe. Il faut toujours tailler au-dessus de ce point, sinon on se retrouve avec un porte-greffe seul, un sauvageon, et non plus avec la variété greffée.
Tailler sous le point de greffe équivaut à effacer toute la sélection variétale réalisée en pépinière.
Année 2 : sélectionner et raccourcir
La deuxième année, vous sélectionnez entre 3 et 5 branches (les mieux orientées) et supprimez les autres. Chaque branche va grossir, il ne faut donc pas que l’arbre soit trop encombré. Les branches conservées sont à leur tour rabattues à environ 20 cm, au-dessus de deux yeux bien formés et orientés dans la bonne direction.
La question de l’équilibrage se pose à cette étape avec acuité.
La sève monte prioritairement vers les branches les plus hautes de l’arbre. Par conséquent, la partie la plus haute se développera toujours plus rapidement que la partie la plus basse, d’où la nécessité de tailler le haut en faveur des branches du bas.
Un arbre laissé à lui-même produit une couronne déséquilibrée, avec quelques branches dominantes qui épuisent toute la vigueur au détriment du reste.
Si des fruits apparaissent dès la deuxième année, et cela arrive, supprimez-les.
Les fruits, dont le poids pourrait déformer les jeunes charpentières, sont supprimés les trois premières années.
Difficile de résister, mais une branche qui ploie trop tôt sous le poids d’une pomme peut se déformer de façon permanente.
Année 3 : consolider la structure
Sélectionnez 2 ou 3 des branches les plus fortes poussant vers l’extérieur sur chacune des charpentières d’origine pour étendre la structure de ramification. Taillez toutes les nouvelles pousses de moitié, jusqu’à un bourgeon orienté vers l’extérieur, en faisant la coupe à un angle de 45 degrés. Supprimez toutes les branches qui poussent au centre de l’arbre pour conserver une forme de gobelet ouvert à l’intérieur.
Après avoir effectué une taille de formation pendant trois ans, l’arbre aura une belle forme de gobelet ouvert, qui peut ensuite être entretenue avec ce que l’on appelle une taille d’entretien.
La transition vers la taille de fructification s’amorce naturellement à partir de ce moment, même si quelques ajustements de formation restent possibles une quatrième année.
Particularités par espèce fruitière
La forme en gobelet reste la référence pour les jardins familiaux.
La forme en gobelet est la forme d’arbre la plus courante pour les arbres fruitiers, notamment dans les jardins.
Sa forme particulière permet une bonne pénétration du soleil et de l’air dans la couronne, ce qui favorise la croissance et le mûrissement des fruits et limite le développement des maladies.
Pour autant, chaque espèce a ses préférences.
Pour le pommier, retrouvez toutes les étapes spécifiques dans notre guide sur la taille du pommier au jardin. Le pommier tolère bien la forme en gobelet comme en fuseau.
Le fuseau est la forme idéale pour le pommier et le poirier, surtout si vous disposez de peu d’espace. L’arbre reste compact, productif dès les premières années, et facile à gérer.
La formation du jeune pommier suit rigoureusement les trois étapes décrites plus haut, avec un raccourcissement annuel des charpentières sur bourgeon externe.
Le cerisier mérite une attention particulière.
Les arbres à noyau de type cerisiers, abricotiers ou mirabelliers se taillent en fin d’été, après la récolte des fruits.
Cette spécificité tient à leur sensibilité aux maladies cryptogamiques : une taille hivernale expose leurs plaies à des risques accrus.
Certains jardiniers préfèrent former un gobelet différé pour le cerisier et le prunier. Au lieu de rabattre le scion dès la première année, on le laisse pousser librement pendant un an. L’année suivante, on sélectionne directement trois à cinq charpentières bien réparties sur la hauteur du tronc, sans forcer leur apparition par un rabattage.
Pour le poirier, le fuseau s’impose naturellement.
Le fuseau convient surtout au poirier qui présente naturellement une végétation érigée.
Le fuseau se compose d’un axe central vertical autour duquel s’insèrent des branches obliques, régulièrement réparties. L’arbre reste compact, idéal pour les petits jardins.
Pour le prunier, les techniques de formation sont proches de celles du cerisier, avec une préférence pour la taille estivale et le gobelet ouvert.
Si vous souhaitez explorer toutes les formes possibles avant de vous lancer, notre guide sur les arbres fruitiers au jardin couvre l’ensemble des options selon l’espace disponible.
Les erreurs qui coûtent cher, et comment les éviter
La première erreur, la plus répandue : trop garder.
Puisque l’on est en train de monter une charpente, il convient d’anticiper la pousse des branches qui existent et prévoir que chaque branche va grossir de façon considérable. Il lui faudra de la place pour bien se développer sans gêner les branches voisines.
Un gobelet avec neuf charpentières, c’est un futur cauchemar à éclaircir. Trois à cinq, c’est l’optimum.
La deuxième erreur : laisser les branches s’allonger trop vite.
Si on laisse les branches s’allonger trop vite, elles seront trop frêles pour porter les fruits. Chaque hiver, on raccourcit donc pour ne conserver que 15 à 20 cm de la pousse de l’année précédente.
Les allongements trop rapides donnent des branches plus fragiles et avec moins de coursonnes, donc moins de fruits.
La troisième erreur : ne pas oser couper.
Il ne faut pas craindre que l’arbre soit dégarni. C’est vrai qu’il semble un peu « déplumé » après cette taille, mais la pousse lors du printemps suivant est spectaculaire. C’est une vraie preuve que la taille des arbres fruitiers correspond à une nécessité pour le développement harmonieux de la charpente de l’arbre.
Enfin, une erreur souvent invisible au moment où elle se produit : négliger les gourmands.
Supprimez les gourmands qui poussent sur le tronc ; ils épuisent les jeunes arbres.
Ces pousses verticales et vigoureuses captent une part disproportionnée de la sève, au détriment de la structure en cours de formation. Suppression rapide, à la base, sans laisser de chicot.
Pour les débutants qui souhaitent approfondir les techniques générales avant de se lancer dans la formation, le guide sur la taille arbre fruitier débutant pose toutes les bases essentielles.
De la formation à la production : évaluer et ajuster
Comment savoir si la formation a réussi ?
Les branches devront être à peu près toutes équilibrées : l’une ne devra pas faire 40 cm si une autre fait 20 cm.
Une charpente bien menée se reconnaît à sa régularité, des branches de diamètre comparable, bien réparties dans l’espace, sans aucune dominant les autres.
Tous les ans pendant 3 à 4 ans, la taille de formation crée une charpente solide et harmonieuse en sélectionnant 3 à 4 branches principales pour former les coursonnes. Tous les ans ou tous les 2-3 ans ensuite, la taille de fructification ou d’entretien maintient la production et la santé de l’arbre.
La transition entre les deux n’est pas un événement brutal mais un glissement progressif : dès que la charpente est solide, on commence à travailler les coursonnes et les brindilles fructifères.
Un dernier point souvent négligé :
lors de la plantation des arbres fruitiers, le tronc est attaché à des tuteurs par des liens, mais au fil des saisons, l’arbre se développe et le tronc grossit. Pensez à vérifier que les tuteurs restent bien en place et que les liens ne soient pas trop serrés, afin qu’ils ne finissent pas par être recouverts par l’écorce.
Trois ans de taille rigoureuse, c’est peu à l’échelle d’un arbre fruitier qui peut vivre quarante ans. La vraie question, finalement, n’est pas de savoir si on a le temps de former correctement un jeune arbre, mais si on peut se permettre de ne pas le faire.