Un frelon asiatique tué par une plante que vous arrachez chaque printemps sans même y penser. C’est exactement ce qui se passe dans des milliers de jardins français, où la menthe, souvent considérée comme une mauvaise herbe envahissante au pied des haies — joue en réalité un rôle de répulsif naturel contre l’un des insectes les plus redoutés du territoire.
À retenir
- Une plante commune que vous arrachoz chaque année cache un secret insoupçonné contre l’ennemi numéro un des apiculteurs
- Les scientifiques ont découvert que certains composés chimiques naturels perturbent complètement le système de navigation des frelons
- Il existe une méthode simple pour cultiver cette alliée végétale sans qu’elle vous envahisse entièrement
Un envahisseur qui a colonisé toute la France en vingt ans
Le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax) est une espèce invasive originaire d’Asie du Sud-Est, introduite accidentellement en France en 2004 dans le Lot-et-Garonne. Depuis, la progression a été fulgurante. Depuis son introduction, Vespa velutina s’est rapidement propagé à travers la France, avec une vitesse d’expansion moyenne de 78 kilomètres par an. Résultat : l’espèce est aujourd’hui présente dans l’ensemble des départements métropolitains. Pour donner la mesure du phénomène, en 2024, un total de plus de 35 000 nids ont été officiellement recensés, comparé à seulement 15 000 cinq ans auparavant, selon les données de FREDON France.
La menace ne se limite pas aux apiculteurs. Un seul frelon peut tuer jusqu’à 50 abeilles par jour, se postant devant les ruches pour capturer les butineuses de retour. Le frelon asiatique est responsable d’environ 20% de la mortalité dans les ruchers. Ce prédateur vorace cible principalement les abeilles, ce qui perturbe le processus de pollinisation et impacte la production de miel. Face à l’ampleur du problème, en mars 2026, le gouvernement a officiellement lancé le Plan National de lutte contre le frelon asiatique, prolongement direct de la loi 2025-237, dans une logique de protection renforcée de la filière apicole et de la biodiversité.
La menthe : cette « mauvaise herbe » que les frelons fuient
La menthe, cette herbe aromatique que nous utilisons couramment en cuisine, possède des propriétés répulsives contre ces insectes indésirables. Le mécanisme est chimique. La menthe possède des propriétés répulsives grâce à sa forte concentration en composés aromatiques, notamment le menthol, la menthone et le limonène. Ces molécules, agréables à l’odorat humain, perturbent profondément le système olfactif du frelon. Ces plantes agissent grâce à des composés aromatiques spécifiques qui perturbent le système olfactif des frelons, les incitant à éviter les zones où elles sont présentes. Ces végétaux dégagent des parfums puissants qui masquent les odeurs attractives pour les frelons, perturbant ainsi leur capacité à localiser les sources de nourriture ou les sites de nidification.
Les frelons asiatiques évitent naturellement les zones où l’odeur de menthe est trop concentrée. Plantée en bordure de haie ou au pied d’arbustes, elle forme donc une barrière olfactive dissuasive. Les frelons asiatiques ne raffolent pas des plantes aromatiques telles que la menthe poivrée, la citronnelle, la sauge, le romarin, mais aussi la lavande, les clous de girofle ou le géranium. Ces alliés végétaux se combinent entre eux. La menthe gagne en efficacité lorsqu’elle est associée à d’autres végétaux aux propriétés similaires : la lavande dont le parfum puissant complète celui de la menthe, la citronnelle riche en géraniol qui renforce l’effet répulsif, ou le basilic dont les huiles essentielles perturbent l’orientation des frelons.
Une petite précision s’impose, toutefois : repousser les frelons asiatiques de manière naturelle est possible par le biais des plantes, même si cela ne permettra pas de lutter de manière entièrement efficace. La menthe est une première ligne de défense, pas un bouclier absolu.
Comment planter la menthe au pied de votre haie sans qu’elle vous envahisse
C’est là que le bât blesse. Plantée en pleine terre, la menthe peut vite devenir envahissante. Cette vivace se propage grâce à des rhizomes souterrains qui s’étendent rapidement et font apparaître de nouvelles tiges un peu partout dans le jardin. Avec le temps, elle peut coloniser tout un massif et étouffer les plantes voisines. Voilà pourquoi beaucoup de propriétaires l’arrachent, et perdent ainsi leur meilleure alliée contre les frelons sans le savoir.
La solution, simple et éprouvée : la cultiver en pot enterré. La méthode la plus simple et la plus efficace pour empêcher la menthe de s’étendre est de la cultiver en pot ou en contenant. Choisissez un pot assez grand (minimum 20 à 30 cm de diamètre) pour permettre à la plante de se développer. Autre approche : utiliser une jardinière ou un seau dont vous aurez retiré le fond. Enterrez le contenant en laissant dépasser le bord supérieur de quelques centimètres. Les racines pourront s’enfoncer en profondeur pour chercher l’humidité, mais la propagation horizontale sera limitée par les parois du contenant.
Pour éviter que la menthe n’envahisse tout votre jardin, une division régulière de la touffe s’avère nécessaire. La période idéale pour diviser une touffe de menthe est au printemps, entre avril et mai. Quelques pots stratégiquement disposés tous les deux mètres le long d’une haie suffisent à créer un vrai couloir répulsif, sans risque de débordement dans vos massifs.
Aller plus loin : le sarracénia, la plante qui tue les frelons
Si la menthe repousse les frelons, une autre plante va beaucoup plus loin : elle les piège et les tue. Le jardin des plantes de Nantes a découvert le pouvoir de la sarracénia, une plante carnivore. Le frelon asiatique est en fait attiré par le nectar et les phéromones dégagées par la plante. L’insecte plonge alors dans le tube de la feuille et tombe au fond, piégé. Le frelon asiatique est ensuite digéré par les sucs digestifs de la plante.
Les parois internes du sarracénia sont tapissées de poils orientés vers le bas, rendant toute tentative d’évasion impossible. Le frelon finit par se noyer dans le liquide digestif. Le chiffre donne le vertige : chaque plante peut avaler 4 frelons asiatiques par jour. Positionné stratégiquement à l’angle de votre terrasse ou au pied d’une haie exposée, un sarracénia cumule les captures sans que vous ayez à intervenir. Facile d’entretien, le sarracénia demande simplement un emplacement ensoleillé et un sol constamment humide. Il suffit de quelques plants stratégiquement disposés autour de votre terrasse pour créer une barrière anti-frelons.
Opter pour la combinaison de plantes répulsives et de plantes carnivores est une stratégie sélective et respectueuse de la nature. Une nuance cependant : la sarracénia peut aussi capturer des abeilles si elles passent à proximité. Ce n’est donc pas une méthode parfaitement sélective. Pour limiter le risque pour les abeilles, placez la plante loin des zones fleuries, des ruches ou des plantes mellifères.
Attention aussi à ne pas commettre l’erreur inverse dans l’aménagement de votre jardin. Le lierre, surtout lorsqu’il est en fleurs à l’automne, agit comme un véritable aimant. En fin de saison, quand les autres plantes ne produisent plus rien, lui continue de fournir un nectar très sucré. Ce nectar attire les abeilles, les papillons… et forcément les frelons qui viennent chasser. Certains arbres fruitiers comme le figuier, le poirier ou le plaqueminier offrent aux frelons asiatiques un festin sucré qui les attire massivement, surtout en fin d’été ou à l’automne. Combiner la présence de ces attractifs avec l’absence de répulsifs, c’est dérouler le tapis rouge.
Un dernier point qui mérite attention : en se sentant attaqués, les frelons asiatiques libèrent une phéromone d’alerte qui entraîne une réaction agressive de toute la colonie. N’essayez jamais de détruire un nid par vous-même. Ne cherchez pas à supprimer un nid de frelons asiatiques seul, c’est très dangereux. Contactez une entreprise spécialisée de désinsectisation dans votre région. La stratégie végétale, elle, n’en est que plus précieuse : agir en amont, dès maintenant, avant que le premier nid primaire de printemps ne soit construit.
Sources : economie-news.com | interflora.fr