Laurier-cerise aux feuilles trouées : maladie criblée ou otiorhynque, comment trancher et agir

Un trou rond au milieu du limbe, cerné d’un liseré brun : c’est la maladie criblée. Une encoche en croissant sur le bord de la feuille : c’est l’otiorhynque. Ce repère suffit à trancher dans la plupart des cas, et il demande trente secondes devant la haie.

À retenir
  • La maladie criblée crée des trous ronds aux bords arrondis, tandis que l’otiorhynque découpe des encoches en croissant sur les marges des feuilles
  • Le traitement de la maladie criblée repose sur la taille des rameaux atteints et l’application de bouillie bordelaise en sortie d’hiver
  • Les larves d’otiorhynque se combattent avec des nématodes appliqués au sol entre août et octobre, avant qu’elles ne rongent les racines

Trou ou encoche : ce que disent les feuilles

La maladie criblée vient d’un champignon, Wilsonomyces carpophilus. Elle débute par de petites taches violacées ou brun-rouge de 2 à 5 mm. Le tissu du centre se dessèche puis tombe, et laisse une perforation nette, aux bords arrondis, parfois soulignés d’un halo rougeâtre. Les trous se répartissent au hasard sur le limbe, sur des feuilles de tous âges.

L’otiorhynque, ou charançon noir de la vigne, mange autrement : il attaque toujours par la marge. Il découpe des festons en demi-lune, de plus en plus larges au fil des nuits. L’adulte, un coléoptère noir mat d’environ 9 mm, sort après la tombée du jour et passe la journée dans la litière ou au pied du tronc. Il ne vole pas.

La grêle perfore aussi, mais touche toutes les plantes du jardin.

Maladie criblée : tailler, ramasser, protéger

Le champignon passe l’hiver dans les bourgeons et dans de petits chancres sur les rameaux, puis se disperse avec les pluies de printemps. Une haie dense, peu aérée, qui sèche mal après les averses, lui convient parfaitement. Le premier geste consiste à tailler les rameaux atteints (écorce craquelée, gommes) en coupant dans le bois sain. Les déchets partent en déchetterie, car les feuilles tombées et les résidus de taille conservent les spores.

Côté traitement, la bouillie bordelaise reste le produit de référence au jardin, appliquée en sortie d’hiver avant le débourrement, puis après un épisode pluvieux, selon la dose et les conditions de l’étiquette. L’arrosage se fait au pied, jamais en pluie sur le feuillage. Les nouvelles pousses, elles, repartent saines si la pression diminue.

Les trous déjà formés ne se refermeront pas.

Otiorhynque : surveiller la nuit, traiter le sol

Les adultes apparaissent à partir de mai ou juin, et ce sont uniquement des femelles : elles pondent sans mâle plusieurs centaines d’œufs dans le sol, au pied des plantes. Une lampe torche vers 22 heures confirme la présence des intrus. Un drap clair étalé sous la haie, que l’on secoue ensuite, fait tomber les charançons qui font le mort.

Le vrai danger se joue sous terre. Les larves, blanc crème, recourbées en C, avec une tête brune et environ 1 cm de long, rongent les racines et le collet d’août jusqu’au printemps. Un laurier qui jaunit et flétrit en été malgré l’arrosage, voire dont un pied se soulève presque à la main, est un suspect sérieux. Gratter la terre sur 10 cm au pied de l’arbuste suffit en général à les débusquer.

La lutte biologique repose sur les nématodes, des vers microscopiques (Heterorhabditis bacteriophora ou Steinernema kraussei) vendus en poudre à diluer dans l’eau d’arrosage. Ils s’appliquent sur sol humide de fin août à octobre, quand les larves sont encore jeunes, et S. kraussei tolère des températures dès 5 °C.

Aucun insecticide sur feuillage n’atteint les larves enfouies.

Les deux problèmes peuvent coexister sur une même haie, et dans ce cas le sol passe en premier : des racines dévorées condamnent l’arbuste, alors que la criblée se contente d’abîmer le feuillage. Un carton ondulé enroulé autour du tronc, vérifié chaque matin, sert de piège à adultes entre mai et septembre. Cette surveillance dès le printemps évite d’attendre l’automne pour constater les dégâts.

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