Ces rameaux de laurier-cerise qu’on jette toujours en septembre mais qui font la moitié d’un rideau végétal sans rien coûter

Chaque année, à la même époque, le même geste se répète dans des milliers de jardins : la taille de fin d’été du laurier-cerise, et son cortège de rameaux coupés qui finissent à la déchetterie ou sur le tas de compost. Une bêtise, si l’on considère que ces mêmes tiges, plantées dans un simple pot, peuvent devenir la moitié d’une haie neuve en quelques mois, sans dépenser un centime en pépinière.

À retenir

  • Pourquoi septembre n’est pas une date anodine pour tailler son laurier-cerise
  • Comment 20 rameaux peuvent couvrir la moitié d’une haie de 10 mètres
  • Le détail qui change tout entre une bouture morte et une haie verdoyante au printemps

Septembre, la fenêtre parfaite pour prélever le bois

Le moment n’est pas choisi au hasard. Le bouturage semi-aoûté s’effectue de mi-août à mi-septembre sur des tiges partiellement lignifiées, une méthode qui exploite une phase où l’écorce passe progressivement du vert au brun et où les tiges se durcissent. Ni trop tendre, ni trop cassant : c’est précisément l’équilibre que possèdent les rameaux issus de la taille annuelle du laurier-cerise, réalisée justement à cette saison.

D’ailleurs, la pratique est ancienne et documentée depuis longtemps chez les jardiniers : le laurier cerise se bouture à la fin de l’été, en septembre, sur des tiges semi-aoûtées. la taille et le bouturage se font le même jour, avec les mêmes déchets verts qui d’habitude partent à la benne. Il existe même une variante encore plus paresseuse : le bouturage semi-ligneux à froid, pratiqué de septembre à octobre, ne requiert ni apport de chaleur ni hormones de croissance et convient parfaitement aux lauriers. Pour un arbuste réputé pour sa croissance rapide, il peut atteindre 60 cm par an, c’est presque un gâchis de ne pas en profiter.

La méthode, geste par geste

Rien de sorcier. On repère d’abord les meilleures branches : on choisit de beaux rameaux vigoureux et sains, et on en coupe l’extrémité, sous une feuille, pour obtenir une bouture de 15 à 20 cm de long. Certains jardiniers préfèrent des segments un peu plus courts, entre 10 et 15 centimètres, prélevés juste sous un nœud, ce qui revient au même principe : privilégier le bois du milieu de la tige, ni le bourgeon terminal trop mou, ni la base trop ligneuse.

Vient ensuite la préparation de la bouture elle-même. On effeuille la partie basse qui sera enterrée, et on ne conserve que deux ou trois feuilles au sommet, raccourcies de moitié si elles sont grandes pour limiter l’évaporation. Un détail change souvent tout le résultat : l’hormone de bouturage, à base d’auxine de synthèse, accélère l’émission racinaire sur le laurier-cerise, dont le bois semi-aoûté peut être lent à réagir sans stimulation. Ce n’est pas obligatoire, mais ça évite bien des déceptions au printemps suivant, quand on découvre une bouture sans le moindre radicelle.

Le substrat compte tout autant que la tige. Un mélange trop lourd et humide fait pourrir la base avant même qu’elle n’ait eu le temps de s’enraciner. La règle qui revient dans presque toutes les fiches techniques : deux tiers de terreau léger pour un tiers de sable grossier ou de perlite, histoire de garantir un drainage sans faille pendant les semaines d’attente.

Patience et petite serre improvisée

Une fois piquées, les boutures ont besoin d’un cocon. On les place sous châssis froid ou sous une serre improvisée, jusqu’au printemps prochain, à l’abri du soleil direct mais dans une lumière suffisante. Un simple pot recouvert d’un sac plastique perforé fait souvent l’affaire pour qui n’a pas de châssis sous la main : l’important est de maintenir une atmosphère confinée et humide sans détremper le substrat.

Le taux de réussite varie selon les conditions et la variété, mais il reste correct pour un geste gratuit : les estimations tournent généralement entre 50 et 80 % de reprise. Le délai, lui, demande de ne pas s’impatienter. Le délai d’enracinement varie selon l’espèce : le laurier du Portugal racine généralement plus vite que le Prunus laurocerasus ‘Rotundifolia’, dont les tiges plus épaisses demandent davantage de patience. Comptez plusieurs semaines avant de voir les premiers signes, parfois jusqu’à l’hiver ou le printemps suivant selon la variété plantée.

Vient enfin l’étape du repiquage, qu’on ne précipite jamais. La bouture sera repiquée dans un pot plus gros en attendant sa future mise en terre, le temps que le système racinaire se densifie suffisamment pour supporter la transplantation en pleine terre. Un an de patience, contre le prix d’un plant en pépinière qui tourne facilement autour d’une dizaine d’euros pièce pour une haie déjà bien fournie.

Un détail toxique à ne jamais oublier

Un point mérite d’être signalé avant de se lancer, gants aux mains ou pas. Le laurier palme, aussi appelé laurier-cerise, dégage du cyanure qu’il ne faut jamais ingérer ; certains animaux herbivores peuvent en mourir, et les chiens sont eux aussi très sensibles à l’ingestion de feuilles, branches ou fruits. Rien d’alarmant pour un bouturage classique, mais autant garder les chutes de taille hors de portée d’un chien curieux ou d’un jeune enfant qui aime mâchonner les feuilles brillantes de la haie familiale.

Pour calculer combien de mètres de haie viser, un repère simple : une bouture réussie devient généralement un plant capable d’occuper 40 à 60 centimètres linéaires une fois adulte, selon la variété choisie. Sur une haie de 10 mètres à reconstituer, une vingtaine de rameaux prélevés lors de la taille de septembre suffisent largement à couvrir la moitié du chantier, l’autre moitié restant à planter en jeunes sujets achetés ou en boutures de l’année suivante.

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