Laurier du Portugal ou laurier palme pour une haie : croissance, sol, taille et encombrement comparés

Pour une haie persistante en France, le laurier palme (Prunus laurocerasus) gagne sur la vitesse et le prix, le laurier du Portugal (Prunus lusitanica) sur la finesse, la rusticité en sol calcaire sec et l’encombrement. Les deux appartiennent au même genre, mais n’imposent ni le même terrain ni le même rythme de taille.

À retenir
  • Le laurier palme pousse de 40 à 60 cm par an en conditions favorables.
  • Le laurier du Portugal tolère mieux le calcaire et la sécheresse une fois installé.
  • Le laurier du Portugal demande une largeur de 60 à 100 cm en taille régulière, contre 1 à 1,5 m pour le palme.

Croissance : le sprinter et le marathonien

Le laurier palme pousse de 40 à 60 cm par an en conditions favorables, parfois davantage les premières années avec un sol frais et un arrosage suivi. Une haie plantée à 1,20 m peut atteindre 2 m en trois ans. C’est ce qui explique son règne dans les lotissements français depuis des décennies.

Le laurier du Portugal avance plus posément, autour de 30 à 40 cm par an.

Sa croissance reste régulière une fois l’enracinement installé, ce qui donne une haie plus dense à la base. Son feuillage, plus petit et plus sombre que celui du palme, avec des pétioles rougeâtres bien visibles, offre un rendu moins massif. Sur une haie de 2 m, la différence de texture se voit dès le trottoir.

Côté hauteur finale, les deux peuvent dépasser 5 m si on les laisse faire. Le palme peut même monter à 8 ou 10 m en isolé, avec des feuilles de 10 à 20 cm de long. Le laurier du Portugal se cantonne généralement à 4 ou 6 m en haie libre, ce qui change la donne dans un petit jardin.

Sol et climat : là où les deux divergent

Le laurier palme apprécie un sol frais, profond, plutôt neutre à légèrement acide. En terrain très calcaire, il jaunit : c’est la chlorose ferrique, due au blocage du fer par le calcaire. Il supporte mal aussi les étés secs prolongés, et les sécheresses de ces dernières années ont laissé des haies dégarnies, avec des feuilles criblées de trous et des branches desséchées.

Le laurier du Portugal encaisse mieux le calcaire et la sécheresse une fois installé. Originaire de la péninsule Ibérique, il tolère la chaleur estivale, les vents côtiers et les sols pauvres, à condition qu’ils ne restent pas gorgés d’eau. Les sols lourds et asphyxiants lui conviennent mal, comme à son cousin.

Face au froid, le palme descend jusqu’à environ -15 °C, le Portugal jusqu’à -15 °C voire un peu moins selon les variétés et les sources. Dans les régions de gel marqué (Est, plateaux du Massif central), la différence se joue davantage sur les coups de gel tardifs, qui brûlent les jeunes pousses des deux espèces. Un emplacement abrité du vent froid d’hiver réduit les dégâts.

Pour la mi-ombre, le palme est très tolérant. Le Portugal aussi, même si sa densité diminue en ombre franche.

Taille et entretien : sécateur ou taille-haie ?

C’est ici que le choix se complique. Le laurier palme, avec ses grandes feuilles, doit idéalement se tailler au sécateur : le taille-haie électrique déchiquette les feuilles, qui noircissent sur les bords et laissent une haie d’aspect abîmé pendant des semaines. Pour 20 mètres de haie, comptez une demi-journée de travail à la main, contre une heure à la cisaille.

Le laurier du Portugal pardonne davantage. Ses feuilles plus petites supportent le taille-haie sans trop de dégâts apparents, et sa ramification serrée donne des lignes nettes avec deux tailles par an. La première se fait en fin de printemps, la seconde fin d’été.

Les deux espèces repartent du vieux bois, ce qui permet un recépage drastique si la haie a pris trop de hauteur. Mieux vaut le faire en fin d’hiver, avant la reprise de végétation, plutôt qu’en pleine chaleur.

Un point souvent oublié : toutes les parties du laurier palme, feuilles et noyaux notamment, contiennent des composés cyanogénétiques. Les fruits noirs, attractifs pour les oiseaux, sont à tenir éloignés des jeunes enfants, et les tailles ne doivent pas finir dans la mangeoire du poney ou des chèvres. Le laurier du Portugal présente des risques comparables.

Encombrement et mitoyenneté

Une haie de laurier palme demande une largeur de 1 à 1,5 m si on la laisse s’épanouir, parfois plus sans taille régulière. Le laurier du Portugal, plus compact, se contente de 60 à 100 cm en taille régulière. Sur une parcelle de 400 m², cela libère plusieurs mètres carrés utiles le long d’une clôture de 30 mètres.

Côté plantation, la règle du Code civil s’applique aux deux : pour une haie dépassant 2 m, la distance minimale à la limite de propriété est de 2 m, et de 0,50 m pour une hauteur inférieure ou égale à 2 m (article 671). Certaines communes ou règlements de lotissement fixent des distances différentes, d’où l’intérêt de consulter la mairie avant de commander.

Une densité de plantation de 1 plant par mètre linéaire convient pour le laurier du Portugal en jeunes sujets, un peu moins serrée pour le palme (un plant tous les 1,20 à 1,50 m en grands godets). Planter trop serré favorise les maladies fongiques et le dégarnissement du bas.

Lequel choisir ?

Pour un écran rapide en sol frais et profond, avec un budget serré, le laurier palme reste imbattable. Il est aussi le plus facile à trouver, avec des plants à des prix très inférieurs à ceux du Portugal, souvent d’un tiers à la moitié selon le calibre.

Pour un terrain calcaire, sec, ensoleillé, ou un jardin de petite taille où chaque mètre compte, le laurier du Portugal s’impose, malgré un démarrage plus lent. Il vieillit mieux et demande moins d’arrosages une fois installé, dès la deuxième ou troisième année.

Reste la question du paysage. Plusieurs communes limitent désormais les haies monospécifiques de laurier pour favoriser la biodiversité, et mêler laurier du Portugal, charme persistant et noisetier ou cornouiller sur une même ligne apporte des fleurs, des baies et des abris pour les oiseaux, sans sacrifier l’opacité hivernale.