Un thuya qui brunit de l’intérieur en octobre, dans la grande majorité des cas, ne se meurt pas : il se débarrasse de ses vieilles écailles. Ce phénomène, appelé cladoptose ou chute physiologique du feuillage, touche les thuyas occidentalis comme les Thuja plicata, et il s’observe chaque année entre septembre et novembre.
- Le brunissement interne en automne est le plus souvent une chute physiologique des vieux rameaux.
- Une chute saine reste symétrique et laisse l’extrémité des rameaux d’un vert franc.
- Un flétrissement en périphérie ou un collet noirâtre signale plutôt Phytophthora, un champignon des racines.
- Un test à l’ongle sur un rameau brun permet de vérifier si le cambium est encore vivant.
La chute naturelle : à quoi elle ressemble
Le thuya ne perd pas ses feuilles une à une comme un chêne. Il renouvelle des rameaux entiers, ceux qui se trouvent au cœur de l’arbre, là où la lumière arrive peu. Ces rameaux jaunissent, virent au brun roux, puis tombent en laissant un tapis d’aiguilles écailleuses au pied de la haie.
Les indices de la chute saine sont assez constants. Le brunissement se concentre sur la partie interne et basse des branches, tandis que l’extrémité des rameaux reste d’un vert franc. Il apparaît de façon plus ou moins symétrique sur toute la haie, puisque tous les sujets ont reçu le même climat et la même taille.
Chaque rameau vit trois à cinq ans environ.
Un thuya planté serré, taillé en mur régulier depuis des années, aura donc un cœur sec très visible lorsqu’on écarte le feuillage. C’est normal : plus la haie est dense, plus la zone d’ombre profonde s’étend et plus l’arbre abandonne vite ce qu’il ne peut plus nourrir. Le phénomène est plus marqué après un été chaud, car le stress hydrique accélère le tri.
Les signes qui trahissent une vraie maladie
Le schéma change quand le brunissement touche l’extérieur. Des rameaux secs en périphérie, des plaques brunes isolées sur un seul sujet, un jaunissement qui gagne depuis la pointe : autant de signaux qui sortent du cycle naturel.
Le premier suspect reste le champignon Phytophthora, responsable de la pourriture des racines. Il prospère dans les sols lourds et gorgés d’eau, et provoque un flétrissement progressif de l’arbre entier, souvent accompagné d’un collet noirâtre ou d’une écorce qui se détache facilement. Un coup de canif à la base du tronc le confirme : un tissu brun sous l’écorce, là où il devrait être vert pâle, signe que la sève ne circule plus.
Autre piste fréquente : le Kabatina et le Pestalotia, des champignons de dessèchement des pousses. Ils laissent de petits points noirs (les fructifications) sur les rameaux morts, visibles à la loupe. Le mineur du thuya, une minuscule chenille, creuse quant à lui des galeries dans les écailles et provoque un brunissement des extrémités dès le printemps, bien avant l’automne.
Une simple gaine blanche aussi ? Ce peut être une cochenille.
Le test des 5 minutes avant de s’inquiéter
Pas besoin d’un diagnostic de laboratoire pour trier. Écartez les branches à hauteur de poitrine, observez la zone sèche, puis grattez légèrement un rameau brun avec l’ongle : s’il est cassant et sec, c’est un rameau mort, mais si le cambium dessous reste vert, la branche est vivante et le brunissement vient d’ailleurs.
Regardez ensuite le sol. Une eau stagnante après une pluie, un terrain argileux, un paillis accumulé contre le tronc : ces trois facteurs expliquent la majorité des dépérissements de racines. Un thuya a besoin d’un sol frais mais drainant, et il supporte mal les pieds mouillés plus de quelques jours.
Dernier point de contrôle : la répartition. Un seul sujet atteint au milieu d’une haie saine pointe vers un problème localisé (racine, blessure, urine de chien, sel de déneigement). Toute la haie touchée en périphérie, surtout côté sud, évoque plutôt un coup de chaleur ou une sécheresse prolongée dont les symptômes apparaissent parfois plusieurs mois après l’épisode.
Le brunissement dû au gel hivernal, lui, n’apparaît qu’en fin d’hiver, ce qui l’écarte du diagnostic d’octobre.
Que faire selon le diagnostic
Face à une chute naturelle, la meilleure intervention consiste à ne presque rien faire. Un coup de souffleur ou de râteau à lames souples dans le cœur de la haie évacue les écailles mortes, améliore la circulation d’air et limite la prolifération des champignons. Un arrosage profond de 20 à 30 litres par mètre linéaire en cas d’automne sec, puis un paillage de 5 à 7 cm tenu à distance du tronc, suffit à soutenir l’arbre.
Évitez la taille sévère. Le thuya ne repart pas sur le vieux bois dépourvu d’écailles vertes : une coupe dans la zone brune laisse un trou définitif. Taillez uniquement dans le vert, de préférence en fin d’été ou au tout début du printemps, hors période de nidification (la LPO recommande d’éviter la taille entre mars et fin juillet).
Si la maladie est confirmée, la priorité est d’isoler le problème. Coupez et brûlez ou évacuez en déchetterie les rameaux atteints, désinfectez le sécateur à l’alcool à 70° entre deux sujets et améliorez le drainage avant toute replantation. Un sujet entièrement flétri par Phytophthora ne se sauve pas : mieux vaut l’arracher avec sa motte et ne pas replanter de conifère au même endroit avant deux ou trois ans.
Pour un doute persistant, le service de diagnostic d’un pépiniériste ou le réseau des Fredon régionaux peut analyser un échantillon de rameau. Comptez de quelques jours à deux semaines pour un résultat, et glissez l’échantillon dans un sac papier plutôt que plastique, qui accélère la moisissure.