Sur le littoral atlantique, les plumeaux blancs qui ondulent au-dessus d’une haie ne sont pas un simple ornement de fin d’été. Ils appartiennent le plus souvent à l’herbe de la pampa, plantée en rideau brise-vent le long des dunes ou en clôture de jardin face à l’océan. La fenêtre pour agir est étroite: une fois les graines mûres, généralement dès la fin août, plus aucun jardinier ne décide où la plante repoussera l’année suivante.
Après cette date, la repousse ne dépend plus de vous.
- Un pied d’herbe de pampa produit jusqu’à dix millions de graines transportables sur 25 kilomètres.
- Les plumeaux doivent être coupés avant fin août et jetés en déchetterie dans des sacs fermés.
- L’herbe de la pampa est interdite en France depuis mars 2023 et allonge la saison des allergies.
Une inflorescence qui devient une bombe à graines
Dès la fin du mois d’août, l’herbe de la pampa fleurit pour offrir ses jolis plumeaux, qui sont en fait de véritables inflorescences. Après la floraison viennent les graines, extrêmement légères, qui peuvent être emportées par le vent et permettre à la plante de s’installer bien au-delà du jardin où elle a été plantée. Un seul pied femelle peut produire jusqu’à dix millions de graines, transportées par le vent sur plus de 25 kilomètres.
Le Calendrier ne pardonne aucun retard.
Sur le littoral, cette dispersion cible en priorité les milieux les plus fragiles: la plante s’installe dans les parcs et jardins, les bords de route et chemins, les friches, mais aussi dans les dunes, arrières-plage, zones humides ou prairies. Le Conservatoire botanique national de Brest documente ainsi des individus de Cortaderia selloana envahissant une arrière-dune littorale, à quelques mètres seulement des jardins où elle avait été plantée pour décorer.
Couper sans se blesser, jeter sans propager
Avant de sortir le sécateur, prévoyez des gants épais et des manches longues: les bords des feuilles sont aussi coupants que des lames de rasoir. L’arrachage complet, racines comprises, reste la méthode la plus efficace: il consiste à extirper la plante du sol en emportant le maximum de racines. À défaut, la coupe des plumeaux avant la formation des graines peut éviter à la plante de se propager.
Une fois coupés, ces plumeaux ne doivent surtout pas rejoindre le tas de compost: il ne faut pas les composter ni les abandonner dans la nature. Mal jetés, ils libèrent leurs graines microscopiques au premier coup de vent, ce qui annule l’effort de la coupe.
- Mettre les plumeaux coupés dans des sacs plastiques bien fermés
- Déposer les sacs en déchetterie, jamais dans le bac à déchets verts
- Préciser aux agents de la déchetterie qu’il s’agit d’une espèce invasive, pour qu’elle soit traitée en tout-venant
Une plante désormais hors la loi
L’herbe de la pampa est interdite en France hexagonale depuis l’arrêté ministériel du 2 mars 2023. Il est strictement interdit de l’introduire en France, de la détenir, de l’utiliser, de l’échanger, de la transporter vivante et de la commercialiser sous forme de plants en pot. La réglementation européenne sur les espèces exotiques envahissantes a d’ailleurs été renforcée depuis le 1er janvier 2026. Les professionnels du végétal doivent désormais déclarer leurs stocks résiduels auprès de la préfecture de leur département.
Au-delà de la biodiversité, cette graminée sud-américaine pose un problème de santé publique concret: son cycle de floraison, légèrement décalé par rapport aux graminées locales, allonge la saison des allergies aux pollens. Elle diminue la qualité fourragère et augmente les risques d’incendie tout en perturbant les paysages naturels là où elle s’installe en masse.
Les contrôles, jusqu’ici menés avec une certaine tolérance, vont bientôt se durcir.
Que planter à la place sur une haie de bord de mer
Remplacer une haie d’herbe de la pampa n’a rien d’anodin sur un terrain exposé au sel et aux embruns permanents. Les jardiniers du littoral se tournent de plus en plus vers des graminées et arbustes locaux capables de tenir le même rôle de brise-vent, sans la même capacité de conquête. Le tamaris, l’argousier ou l’oyat des dunes supportent le vent salé sans produire des millions de graines volantes chaque été. Ces espèces demandent en général moins d’entretien une fois installées, ce qui compense largement le temps perdu à arracher l’ancienne haie.
Malgré l’interdiction, des milliers de touffes plantées avant 2023 subsistent encore dans les jardins du littoral: le Cortaderia selloana reste très répandu en Nouvelle-Aquitaine et dans les Landes. Ce sont ces pieds-là, plantés avant la loi, que le coup de sécateur de fin d’été doit viser chaque année, jusqu’à leur arrachage complet.
Sources : aujardin.info | observatoire-biodiversite-bretagne.fr