Un geste précis, presque rituel : à la fin de l’été, il attrape un petit rameau devenu roux au bout de sa haie de thuyas, il le casse net entre le pouce et l’index, et il regarde à l’intérieur. Ce n’est pas le classique test de vitalité (gratter l’écorce pour voir si c’est vert dessous). Il cherche autre chose : des galeries minuscules, parfois une chenille encore vivante à l’intérieur de la ramille. C’est le signe d’un ravageur discret mais redoutable pour les haies de thuyas, la mineuse.
À retenir
- Un seul geste révèle ce qui se cache vraiment dans un rameau roussi de thuya
- La fin de l’été est le moment idéal pour diagnostiquer une infestation avant l’hiver
- Trois suspects différents peuvent rougir votre haie, mais pas les mêmes solutions
Un roussissement qui n’est pas toujours grave
Avant de paniquer devant une haie qui vire au roux fin août, il faut savoir faire la différence entre deux phénomènes bien distincts. Il faut distinguer le brunissement pathologique du brunissement naturel qui affecte l’intérieur des thuyas âgés, un phénomène normal qui résulte du manque de lumière dans les parties centrales de l’arbre et ne nécessite aucune intervention particulière. Si seul le cœur de la haie, invisible depuis l’extérieur, se dégarnit un peu chaque automne, il n’y a rien à faire : c’est le thuya qui se débarrasse de son vieux feuillage, comme un pin perd ses aiguilles anciennes.
Le problème se pose différemment quand le roussissement touche les extrémités des rameaux, celles qui sont censées porter la croissance de l’année. Là, plusieurs causes concurrentes existent, et elles ne se traitent pas de la même façon. Le stress hydrique constitue la cause la plus fréquente du brunissement des thuyas. Une haie mal arrosée pendant une canicule de juillet peut très bien afficher des pointes rousses six semaines plus tard, sans qu’aucun parasite ne soit en cause. C’est là que le geste du voisin prend tout son sens : il ne suffit pas de regarder la couleur, il faut ouvrir le rameau.
Ce que cache vraiment un rameau roussi : la mineuse du thuya
Le suspect numéro un dans ce genre de diagnostic, c’est un minuscule papillon nocturne dont les chenilles vivent et se nourrissent à l’intérieur même des écailles du thuya. Au printemps, les pousses terminales commencent à jaunir puis brunissent et meurent, et à contre-jour, les tiges sont translucides et on peut voir des galeries et des accumulations de matières fécales, occupées par de longues chenilles de 3 mm environ. Le cycle de l’insecte explique pourquoi la fin de l’été est le moment idéal pour l’inspection : à l’automne, les chenilles cessent de s’alimenter et hivernent dans les galeries. Casser un rameau roussi à cette période, c’est donc une façon de vérifier si la larve s’est déjà installée pour passer l’hiver bien au chaud dans le bois du thuya.
La méthode est d’ailleurs documentée par les professionnels du secteur. Au début de l’automne et au début du printemps, il est recommandé de sélectionner de petits rameaux bruns, de les observer à contre-jour et de vérifier la présence de galeries, de larves et de chrysalides. Casser le rameau plutôt que se contenter de le regarder permet d’aller plus vite : on voit tout de suite si l’intérieur est creusé et rempli de petits résidus noirâtres, ou simplement sec et vide. La présence de mineuse peut être diagnostiquée par l’observation de trous d’entrée dans les feuilles, mais ces trous d’un millimètre à peine sont souvent invisibles à l’œil nu sans casser le rameau pour ouvrir la galerie.
Bonne nouvelle relative : une infestation isolée ne condamne pas la haie. Le thuya survivra à une attaque de mineuse, même s’il perd jusqu’à 80% de ses feuilles, mais si l’attaque est répétée plusieurs années de suite, cela peut entraîner sa mort. C’est justement pour éviter cette répétition que l’inspection régulière compte : un jardinier qui repère le problème dès la première année peut intervenir avant que l’insecte ne colonise toute la haie.
Champignons et chancres : les autres suspects à ne pas confondre
Le roussissement n’est pas systématiquement l’œuvre d’un insecte. Un champignon nommé Seiridium (autrefois Coryneum cardinale) profite des blessures de taille pour s’installer, et ses dégâts ressemblent beaucoup à ceux de la mineuse au premier coup d’œil. Ce champignon pathogène infecte les thuyas par les plaies causées lors de la taille, par les intempéries ou par les insectes, et les rameaux touchés jaunissent puis roussissent et se dessèchent, avec à leur base une lésion chancreuse rougeâtre d’où s’échappe un liquide résineux. C’est justement cet écoulement résineux à la base du rameau cassé qui trahit le chancre plutôt que la mineuse : pas de galerie creuse, mais une tache humide et collante.
Autre cause, plus sournoise encore parce qu’elle attaque par les racines : le Phytophthora. Ce champignon pathogène attaque les racines et provoque un pourrissement, entraînant un brunissement soudain et progressif du feuillage jusqu’à concerner la totalité des rameaux, la plante atteinte étant condamnée. Dans ce cas précis, casser un rameau ne révèle rien d’anormal à l’intérieur : le problème se joue sous terre, et c’est tout l’arbre qui roussit d’un coup, pas seulement quelques pointes éparses.
Le bon geste, au bon moment
Face à une haie qui commence à roussir en cette période de l’année, la méthode du voisin reste la plus simple à reproduire chez soi. Choisir plusieurs rameaux bruns à différents endroits de la haie, les casser à leur extrémité et regarder l’intérieur à la lumière : une galerie creuse avec des résidus sombres oriente vers la mineuse, une lésion résineuse à la base évoque un chancre fongique, et l’absence totale d’anomalie interne renvoie plutôt vers un simple coup de sec estival. Cette petite inspection de fin d’été, gratuite et qui prend cinq minutes, évite bien des traitements inutiles ou, à l’inverse, une intervention trop tardive quand le mal est déjà installé sur toute la haie.
Sources : jardinage.pagesjaunes.fr | aujardin.org