Aucune plante ne reproduit exactement le buis, mais le houx crénelé (Ilex crenata) s’en approche le plus, suivi de l’if pour l’ombre et de l’osmanthus pour la floraison. Le bon choix dépend moins de l’esthétique que de trois paramètres : le froid hivernal, l’exposition et le temps que vous acceptez de passer au sécateur.
- Le houx crénelé reproduit le plus fidèlement l’aspect du buis avec ses petites feuilles brillantes et son port compact.
- L’if encaisse les grands froids (-20 °C et au-delà) et prospère à l’ombre dense.
- Le chèvrefeuille arbustif forme une haie compacte en deux à trois ans mais demande deux à trois tailles par saison.
Pourquoi le buis ne tient plus
La pyrale du buis a débarqué en Alsace en 2008.
Ce papillon originaire d’Asie de l’Est est arrivé avec des plants importés. Ses chenilles dévorent les feuilles puis l’écorce, et une haie entière peut être défoliée en quelques semaines. Selon les régions, deux à trois générations se succèdent chaque année, ce qui oblige à renouveler les traitements au Bacillus thuringiensis et à poser des pièges à phéromones. Des champignons comme Cylindrocladium (aujourd’hui rattaché au genre Calonectria) et Volutella, favorisés par l’humidité, brunissent en plus le feuillage et achèvent les sujets affaiblis.
Beaucoup de propriétaires ont renoncé après la deuxième ou la troisième attaque. Entre avril et octobre, les traitements doivent être renouvelés à chaque vague de chenilles. Sur vingt mètres de haie, la surveillance prend vite des allures de second métier.
Six alternatives, du plus proche au plus rustique
Le houx crénelé ressemble le plus au buis, avec ses petites feuilles vert brillant et son port compact. Il supporte des gelées de l’ordre de -15 à -20 °C selon les cultivars. Il réclame un sol frais, acide à neutre, et jaunit sur terrain calcaire. Planté au soleil ou à mi-ombre, il demande une à deux tailles par an, entre mai et septembre.
L’if commun (Taxus baccata) encaisse -20 °C et au-delà, accepte l’ombre dense et repart même après une taille drastique dans le vieux bois. Sa croissance tourne autour de vingt centimètres par an, et on le taille en août ou début septembre. Toutes ses parties sont toxiques pour les chevaux et le bétail, un point à vérifier si un pré borde votre limite.
Le chèvrefeuille arbustif (Lonicera nitida) offre la haie la plus rapide : compacte en deux ou trois ans, avec un feuillage minuscule. Il tient jusqu’à -15 °C environ, mais perd une partie de ses feuilles lors des hivers rudes. Comptez deux à trois tailles par saison, et prévoyez de le renouveler après une dizaine d’années, quand la base se dégarnit.
Le fusain du Japon (Euonymus japonicus) est l’allié des jardins littoraux, car il résiste aux embruns et au calcaire. Sa rusticité plafonne vers -10 à -15 °C, moins pour les formes panachées, et il est exposé à l’oïdium et à la cochenille.
Le pittosporum tenuifolium ne passe pas sous -10 °C.
Cet arbuste, très présent en Bretagne et sur la façade atlantique, pousse vite et supporte bien le vent marin. Sa taille se fait au printemps ou en été, et certains cultivars offrent un feuillage pourpre.
L’osmanthus de Burkwood (Osmanthus × burkwoodii) résiste à environ -15 °C et pousse lentement, d’une quinzaine de centimètres par an. Ses fleurs blanches parfument le jardin en avril. On le taille juste après la floraison, dans un sol ordinaire mais bien drainé, au soleil comme à mi-ombre.
Choisir selon l’exposition et le froid
À l’ombre, l’if reste imbattable, devant le houx crénelé et l’osmanthus qui se contentent de la mi-ombre. En plein soleil, le chèvrefeuille, le pittosporum et le fusain s’installent sans difficulté, à condition que l’hiver reste clément pour les deux derniers. Sur sol calcaire, mieux vaut écarter le houx crénelé et préférer l’if, le fusain ou le chèvrefeuille. Dans les régions continentales où le thermomètre descend sous -15 °C, le trio if, houx crénelé et chèvrefeuille offre la meilleure garantie.
Pour un effet buis taillé au cordeau, le houx crénelé et l’if donnent le résultat le plus net. Le chèvrefeuille convient aux jardiniers pressés qui acceptent de tailler souvent.
Arracher, préparer, replanter
Arrachez les buis en entier, souche comprise, car les racines laissées en place peuvent repartir et entretenir les foyers de maladie. Les champignons responsables du dépérissement survivent plusieurs années dans les débris végétaux. Ne compostez donc ni les feuilles ni les branches, et déposez-les en déchetterie après les avoir ensachées. Ameublissez ensuite la tranchée sur 40 centimètres de profondeur et mélangez-y du terreau pour redonner de la vie au sol.
Octobre est la bonne fenêtre pour planter.
La terre encore tiède favorise l’enracinement avant l’hiver, et les pluies d’automne réduisent les arrosages. Prévoyez trois à cinq plants par mètre pour les variétés compactes (houx crénelé, osmanthus), trois pour l’if et le chèvrefeuille, et paillez sur cinq centimètres d’épaisseur.
Panacher deux espèces sur un même linéaire limite les dégâts en cas d’attaque. Des chenilles de pyrale ont d’ailleurs été observées, rarement, sur fusain et houx en l’absence de buis, ce qui plaide pour surveiller chaque haie neuve dès le printemps suivant.