Peut-on étêter un thuya ? Ce qui repousse, ce qui ne repousse pas, et à quelle hauteur couper

Oui, on peut étêter un thuya, mais le résultat dépend d’une seule chose : ce qu’il reste de vert sous la coupe. Un thuya (Thuja occidentalis ou Thuja plicata, les deux espèces les plus plantées en haie) ne repart pas du vieux bois. Coupez au-dessus de rameaux feuillus et il se densifie. Coupez dans le bois nu et la zone reste brune, définitivement.

À retenir
  • Un thuya ne repousse pas à partir du vieux bois nu.
  • Il faut toujours laisser du feuillage vert sous le point de coupe.
  • La taille est à éviter pendant la période de nidification, de mars à fin juillet.

Ce qui repousse, ce qui ne repousse pas

Le thuya appartient aux conifères, un groupe qui ne sait pas, pour l’essentiel, émettre de nouvelles pousses à partir de branches dépourvues d’aiguilles. Contrairement au laurier ou au charme, il n’a pas de réserve de bourgeons dormants sur le bois ancien. Seules les ramifications portant du feuillage écailleux (les petites « écailles » vertes) peuvent produire de nouveaux départs.

Concrètement, vous pouvez recéper une haie de laurier à 50 cm du sol et la voir repartir. Faites la même chose sur un thuya, et la souche reste nue.

Cette règle explique les haies « trouées » que l’on voit partout : un tailleur trop énergique, un coup de sécateur ou de taille-haie dans l’épaisseur de la plante, et une plage rousse apparaît pour de bon.

Le test est simple. Écartez les branches de la zone que vous voulez couper : si vous voyez du vert jusqu’à l’endroit de la coupe, vous êtes en sécurité. Si le dernier rameau feuillu se trouve dix centimètres plus bas, ne coupez pas à cet endroit.

À quelle hauteur étêter

La seule hauteur sûre est celle où il reste du feuillage vivant sur les branches latérales, juste sous le point de coupe. Sur une haie dont le sommet a été taillé chaque année, ce feuillage se trouve à quelques centimètres seulement. Sur une haie laissée libre pendant dix ans, il peut être concentré à l’extérieur, avec un cœur dégarni sur 30 à 50 cm d’épaisseur.

Pour un sujet jeune, planté depuis moins de huit ou dix ans, l’étêtage ne pose aucun problème. On peut stopper la croissance en hauteur à 2 m, en coupant la flèche (la pousse verticale centrale) et en laissant les branches latérales se garnir. Un thuya pousse de 30 à 50 cm par an en conditions favorables, ce qui explique qu’une haie plantée à 1,20 m dépasse les 3 m en six ou sept ans.

Pour un sujet adulte de 4 ou 5 m, il faut accepter de ne pas redescendre trop bas.

Une règle de prudence : ne retirez jamais plus du tiers de la hauteur en une saison, et gardez au moins quelques rameaux verts de chaque côté du point de coupe. Réduire une haie de 5 m à 3 m en un seul passage condamne souvent la partie supérieure à rester dégarnie pendant des années.

Le cas du thuya de 6 mètres

Au-delà de 5 m, l’étêtage devient autant une question de sécurité que d’esthétique. Une haie de cette taille qui entoure un jardin mitoyen relève, en France, des règles du Code civil : au-delà de 2 m, la plantation doit se situer à au moins 2 m de la limite séparative, sauf usage local contraire. Le voisin peut demander la réduction à 2 m, ou l’arrachage.

Pour ce type de travail, un élagueur muni d’une nacelle ou d’une perche télescopique évite l’escabeau branlant, première cause de chutes lors de la taille de haies.

Quand et comment couper pour limiter les dégâts

La fenêtre idéale s’étend de la fin de l’été au début de l’automne, avant les premières gelées, ou au tout début du printemps, avant la reprise de la végétation. Évitez la période de nidification, de mars à fin juillet : la loi protège les oiseaux, et les haies de thuyas abritent des nids de merles, de mésanges et de verdiers.

La LPO rappelle d’ailleurs qu’il vaut mieux tailler en dehors de ces mois. Certaines aides agricoles européennes imposent même une interdiction de taille du 1er avril au 31 juillet, ce qui donne un repère utile.

Côté outils, un taille-haie bien affûté donne une coupe nette, qui cicatrise plus vite qu’une coupe déchiquetée. Sur les branches de plus de 2 cm de diamètre, préférez un sécateur de force ou une scie d’élagage. Désinfectez la lame à l’alcool à 70° entre deux sujets si vous soupçonnez une maladie, le dessèchement de certains thuyas étant lié à des champignons comme Phytophthora ou Seiridium.

Après la coupe, arrosez généreusement pendant les semaines qui suivent si l’été est sec, car un thuya taillé transpire moins mais reste sensible au stress hydrique. Un paillage de 5 à 8 cm au pied conserve l’humidité et limite la concurrence des herbes.

Que faire si la zone coupée reste brune

Une fois le bois nu exposé, rien ne le fera reverdir. On peut seulement masquer la zone.

La première option consiste à laisser les branches voisines combler le vide : sur les sujets encore vigoureux, les rameaux latéraux s’allongent de 10 à 20 cm par an et finissent par refermer un trou de 30 cm en deux à trois saisons. On peut aider ce mouvement en attachant doucement une branche voisine avec du raphia ou un lien souple, sans la casser.

La seconde option, plus radicale, est de remplacer le sujet défaillant. Arracher un thuya mort ou irrécupérable et replanter un plant de même espèce, plus jeune, redonne une haie homogène en quatre à cinq ans. Pour une haie entière abîmée, on envisage plutôt de changer de végétal : le charme, l’aubépine ou le photinia supportent un recépage sévère et repartent depuis la base.

Les haies de thuyas sont aussi concernées par une évolution de fond : de nombreux paysagistes déconseillent aujourd’hui les haies monospécifiques, plus vulnérables aux maladies et peu accueillantes pour la biodiversité. Une haie mélangée de trois ou quatre essences locales résiste mieux à la sécheresse et se taille sans risque de dégarnir, car chaque espèce repart du bois.

Laisser un commentaire