Le laurier palme (Prunus laurocerasus) reste la haie persistante la plus plantée dans les jardins français, et pour de bonnes raisons : il pousse de 40 à 60 cm par an, forme un écran dense en trois ou quatre ans et garde son feuillage vert foncé brillant en plein hiver. Mais derrière ce succès se cache une plante gourmande, vite envahissante, que beaucoup de propriétaires regrettent d’avoir plantée trop serrée ou trop près de la clôture.
- Le laurier palme pousse de 40 à 60 cm par an et garde son feuillage en hiver.
- Un plant tous les 80 cm à 1 m évite un dégarnissement à la base.
- La taille au taille-haie abîme les feuilles, le sécateur donne un résultat net.
- Toutes les parties du laurier palme contiennent des composés toxiques.
Laurier palme, laurier du Portugal, laurier-sauce : ne pas se tromper
Sous l’appellation « laurier », trois plantes très différentes se retrouvent en pépinière. Le laurier palme a de grandes feuilles allongées de 10 à 20 cm, le laurier du Portugal (Prunus lusitanica) des feuilles plus petites, un port plus élégant et des pétioles rougeâtres, le laurier-sauce (Laurus nobilis) des feuilles aromatiques qui finissent dans le bouquet garni.
Le laurier-rose, lui, n’a rien à voir avec les précédents et ne supporte pas les hivers rudes.
Le choix change tout à l’usage. Le laurier du Portugal résiste mieux aux grands froids, jusqu’à environ -15 °C, et au calcaire. Le laurier palme encaisse bien les hivers ordinaires, mais ses feuilles brûlent quand le thermomètre descend sous -15 °C, et il jaunit dans les sols très calcaires. Le laurier-sauce, plus lent, demande un climat doux ou un coin abrité.
Planter dans les règles : distance, saison et sol
L’automne, d’octobre à novembre, est la meilleure période. Le sol est encore tiède, les pluies reviennent, et les racines s’installent avant le printemps. On peut aussi planter jusqu’en mars, hors période de gel.
Côté espacement, la tentation est de serrer pour obtenir un rideau rapide. Erreur courante. Comptez un plant tous les 80 cm à 1 m pour une haie de laurier palme, soit environ un à un mètre vingt de plants au mètre linéaire selon la hauteur visée, et jamais moins. Trop dense, la haie se dégarnit à la base et devient sensible aux maladies fongiques faute d’air.
Le Code civil fixe les règles de voisinage : une haie dépassant 2 mètres doit être plantée à au moins 2 mètres de la limite de propriété, et à 50 cm minimum si elle reste sous cette hauteur. Un arrêté municipal ou un usage local peut modifier ces distances, un détour par la mairie évite les mauvaises surprises.
Le laurier aime les sols frais, profonds, légèrement acides à neutres. Creusez une tranchée plutôt que des trous individuels, ameublissez le fond, mélangez la terre avec du compost mûr, puis installez les plants sans enterrer le collet. Un paillage de 5 à 8 cm de copeaux ou de broyat limite l’évaporation.
L’arrosage décide de la réussite.
Pendant les deux premiers étés, apportez environ 10 à 15 litres par plant et par semaine en l’absence de pluie, en arrosant lentement au pied. Un goutte-à-goutte enterré le long de la haie règle le problème sans y penser et réduit le gaspillage d’eau par rapport à l’arrosage au jet.
La taille : l’erreur qui abîme les feuilles
Une grande partie des haies de laurier palme ont des feuilles déchiquetées, bordées de brun, à cause d’un taille-haie. Les lames coupent les feuilles en deux, les bords nécrosent et la haie ressemble à une façade en lambeaux pendant des mois. Le sécateur, feuille par feuille ou rameau par rameau, donne un résultat bien plus propre. C’est long pour une haie de vingt mètres, mais l’effet se voit toute l’année.
Si le temps manque, un sécateur électrique à batterie fait gagner une bonne partie de la corvée, avec des coupes nettes sur les rameaux.
Le calendrier de taille compte aussi. Une taille principale à la fin de l’été, entre août et début septembre, convient bien, éventuellement précédée d’une légère retouche au printemps, après les gelées. Évitez de tailler en pleine floraison, les petites grappes blanches de mai nourrissent les pollinisateurs, et n’intervenez pas entre début avril et fin juillet si des nids sont installés : la Ligue pour la protection des oiseaux recommande d’éviter cette période de nidification, et la réglementation interdit de détruire les nids d’espèces protégées.
Pour une haie jeune, la première taille se fait dès la deuxième année : rabattre d’un tiers les pousses de l’année favorise la ramification dès le bas. Visez ensuite une forme légèrement trapézoïdale, plus large à la base qu’au sommet, pour que la lumière atteigne tous les étages.
Maladies, défauts et alternatives
Le laurier palme a ses faiblesses. La maladie criblée, due à un champignon, perce les feuilles de petits trous ronds, comme si on les avait criblées de plomb. Le mildiou, la cochenille et le puceron s’ajoutent à la liste lors des étés humides. Éliminez les feuilles atteintes, aérez la haie en la taillant moins dense et évitez d’arroser le feuillage.
Un autre point, rarement mentionné en jardinerie : toutes les parties du laurier palme, feuilles et graines en tête, contiennent des composés cyanogènes. Les baies noires attirent les oiseaux mais restent toxiques pour les chiens et les enfants qui en avaleraient en quantité. Les déchets de taille broyés en paillage sont à éviter autour des animaux, et les feuilles fraîches ne se mettent pas au compost sans les avoir laissées sécher.
Enfin, le laurier palme est classé espèce exotique envahissante dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni et en Suisse, où il colonise les sous-bois. En France, il se ressème dans certains espaces naturels, ce qui pousse plusieurs paysagistes à conseiller des essences locales.
Pour une haie persistante, d’autres choix existent : le photinia, l’osmanthe, le troène, le viorne tin ou encore le laurier du Portugal, plus sobre. Une haie mélangée, par exemple viorne tin, fusain et noisetier, apporte nourriture et abri à la faune, résiste mieux aux maladies et demande une taille moins fréquente.
Côté budget, un plant de laurier palme en godet ou en conteneur de 2 à 3 litres, à environ 60-80 cm, se négocie généralement quelques euros pièce, bien moins qu’une clôture en panneaux rigides. Les plants à racines nues, vendus de novembre à mars, coûtent encore moins cher, avec une reprise très correcte à condition de planter dans la semaine.
Une haie de laurier bien conduite vit plus de trente ans, et un sujet laissé libre dépasse facilement 5 à 6 mètres de hauteur, d’où l’intérêt de fixer dès la plantation la hauteur finale, 1,80 m par exemple, et de s’y tenir chaque année.