Un thuya qui jaunit, puis brunit, puis meurt, et le voisin de droite qui reste vert pendant deux ans : ce schéma « pied par pied » est la signature d’un problème localisé, pas d’une fatalité climatique. Trois causes dominent, le phytophthora, l’asphyxie racinaire et la sécheresse, et elles laissent chacune des indices distincts que l’on peut lire en une heure avec un couteau, une bêche et un peu de méthode.
- Un thuya qui brunit par les extrémités souffre souvent de sécheresse.
- Un tissu brun chocolat sous l’écorce au collet signale le phytophthora.
- Une odeur de vase ou d’œuf pourri indique un sol asphyxié.
Lire le dépérissement avant de traiter quoi que ce soit
Le réflexe classique consiste à sortir un fongicide ou à arroser davantage. Mauvaise idée dans les deux cas, car les remèdes s’opposent : ce qui sauve un thuya assoiffé peut achever un thuya asphyxié.
Commencez par observer la progression. Une sécheresse touche d’abord les arbres les plus exposés au soleil et au vent, souvent côté sud ou en bout de haie, et le brunissement part des extrémités des rameaux. Le phytophthora, lui, frappe de façon erratique : un sujet isolé, puis son voisin l’année suivante, selon la circulation de l’eau dans le sol.
Regardez aussi le relief. Une cuvette, le pied d’une pente, un secteur où la haie longe un mur ou une terrasse bétonnée : ces zones retiennent l’eau et favorisent les deux pathologies liées à l’excès d’humidité.
Le test du collet et des racines
C’est l’examen qui tranche. Dégagez la terre autour du collet, à la base du tronc, sur une dizaine de centimètres de profondeur. Avec la pointe d’un couteau, grattez l’écorce à ce niveau.
Un tissu vert et humide sous l’écorce signale un arbre vivant. Un tissu brun chocolat à rougeâtre, parfois avec une limite nette entre zone saine et zone atteinte, évoque fortement le phytophthora. Ce champignon-like (techniquement un oomycète) s’attaque aux racines et au collet, et peut s’accompagner d’un léger écoulement de résine à la base du tronc.
Observez ensuite les racines fines. Saines, elles sont claires, fermes, avec une extrémité blanchâtre. Attaquées, elles sont brunes, molles, et leur écorce se détache comme un doigt de gant, laissant à nu le cordon central. Une odeur de vase ou d’œuf pourri trahit plutôt l’asphyxie, avec un sol gris-bleu, collant, privé d’oxygène.
Le test est simple, mais il faut oser creuser.
Asphyxie, phytophthora : deux sœurs qui se nourrissent
Les deux problèmes se confondent souvent parce qu’ils partagent le même terrain. Un sol lourd, argileux, compacté par un chantier ou par les passages de tondeuse, retient l’eau et chasse l’oxygène. Les racines, privées d’air, s’affaiblissent, et le phytophthora, qui prospère dans les sols saturés d’eau, s’installe sur des tissus déjà fragilisés.
Résultat : on trouve fréquemment les deux ensemble. L’asphyxie ouvre la porte, le pathogène achève le travail. Certaines haies plantées sur un remblai de chantier, avec la terre végétale enterrée sous des gravats, n’ont jamais eu de vraie chance.
La profondeur de plantation joue un rôle majeur. Un thuya dont le collet est enterré, par un paillage trop épais ou une terre remontée au pied du tronc, respire mal et pourrit à la base. Le collet doit rester au niveau du sol, voire légèrement surélevé, sans paillis plaqué contre l’écorce.
Autre cause fréquente : l’arrosage automatique. Un goutte-à-goutte qui fonctionne tous les soirs pendant des années entretient une humidité permanente, parfaitement adaptée au pathogène. Les thuyas supportent mal d’avoir « les pieds dans l’eau », surtout en été quand le sol est chaud.
Quand c’est vraiment la sécheresse
Les étés 2022 et 2025 ont laissé des traces durables dans de nombreuses haies françaises. Les thuyas, à enracinement plutôt superficiel, souffrent vite quand les réserves du sol s’épuisent. Le dépérissement peut d’ailleurs apparaître plusieurs mois après l’épisode de chaleur, parfois au printemps suivant.
Le diagnostic est plus rassurant que les autres : les racines fines sont sèches et cassantes, mais le collet reste sain, sans zone brune ni odeur. Si le tissu sous l’écorce est vert sur les branches qui paraissent mortes, une partie de l’arbre peut encore repartir.
Les sujets jeunes, plantés depuis moins de trois ans, sont les plus vulnérables. Leur système racinaire n’a pas encore exploré le sol en profondeur, et ils exigent un arrosage copieux et espacé, de l’ordre de 20 à 30 litres par pied une fois par semaine en période sèche, plutôt qu’un petit apport quotidien.
Un test rapide : enfoncez la bêche à 30 cm, prélevez une poignée de terre et pressez-la. Elle s’effrite en poussière ? Sécheresse. Elle forme une boule luisante qui goutte ? L’eau stagne.
Que faire une fois la cause identifiée
Face au phytophthora, aucun traitement curatif ne sauve un arbre déjà atteint au collet. On arrache le sujet, on évacue les racines, et on évite de replanter un thuya au même endroit. Les produits à base de phosphonate de potassium peuvent ralentir la progression chez certains conifères, mais leurs autorisations et leurs usages sont encadrés : vérifiez la réglementation en vigueur sur le site de l’ANSES (base e-phy).
Pour remplacer, l’idéal est de changer d’essence : un laurier du Portugal, un charme, un troène ou un photinia, selon l’exposition et le drainage. Si vous tenez au thuya, surélevez la plantation sur une butte de 20 à 30 cm de terre drainante.
Contre l’asphyxie, on agit sur le sol : décompactage superficiel entre les pieds, drainage en cas de stagnation, suppression de l’arrosage automatique excessif. Contre la sécheresse, un paillage de 5 à 8 cm tenu à distance du tronc et un arrosage profond suffisent souvent à sauver la haie.
Un dernier point, rarement mentionné : la taille sévère dans le vieux bois ne repousse pas sur le thuya, qui ne rejette pas depuis les branches dénudées. Un sujet taillé trop court à la suite d’un stress hydrique ne retrouvera jamais son feuillage sur les zones brunes, et il faudra parfois accepter un trou définitif dans la haie.