Le bupreste du thuya : reconnaître les attaques et limiter les dégâts

Le bupreste du thuya, Lamprodila festiva de son nom scientifique, est un coléoptère d’un vert métallique de 7 à 12 mm dont la larve creuse des galeries sous l’écorce des thuyas, cyprès et genévriers. C’est elle, et non l’adulte, qui tue la haie : en perturbant la circulation de la sève, elle provoque le brunissement progressif de rameaux, puis de branches entières.

L’insecte est discret. On le confond volontiers avec une maladie fongique ou un coup de sécheresse.

À retenir
  • Ce sont les larves, et non les adultes, qui tuent la haie.
  • Le premier signe est un brunissement de rameaux isolés, souvent sur un seul côté.
  • Les trous de sortie en forme de D signalent un insecte déjà parti.
  • Une branche brunie ne reverdit pas sur le vieux bois.

Un insecte qui a fait son nid dans les haies françaises

Originaire du pourtour méditerranéen, Lamprodila festiva a longtemps été cantonné au sud de la France. Il a ensuite gagné du terrain vers le nord, en profitant de la plantation massive de thuyas, devenus pendant des décennies la haie par défaut des lotissements. Une monoculture sur des centaines de mètres : pour un ravageur spécialisé, c’est un buffet à volonté.

L’adulte, d’un reflet vert cuivré avec quelques points enfoncés sur les élytres, vole de la fin du printemps à l’été, surtout par temps chaud et ensoleillé. Il se nourrit du feuillage et s’accouple sur les arbres. La femelle pond ensuite ses œufs dans les anfractuosités de l’écorce, de préférence sur des sujets déjà fragilisés.

Ce point compte beaucoup.

Les larves, blanchâtres, aplaties et pourvues d’un élargissement caractéristique derrière la tête, éclosent après une à deux semaines et s’enfoncent dans l’écorce. Elles y creusent des galeries sinueuses entre le bois et l’écorce, dans la zone qui transporte la sève, et se développent sur un à deux ans selon le climat. Quand elles se nymphosent puis émergent, elles laissent un petit trou de sortie en forme de D ou d’ovale aplati, d’environ 3 à 4 mm, signature typique des buprestes.

Repérer les signes avant que la haie ne roussisse

Le premier symptôme visible est un jaunissement puis un brunissement de rameaux isolés, souvent en haut ou sur un seul côté de la haie. Il se confond avec les dégâts du gel, de la sécheresse ou d’un champignon comme Seiridium. La différence se joue sur l’écorce : en la soulevant délicatement avec la lame d’un couteau sur une branche atteinte, on découvre parfois des galeries remplies de sciure fine, voire la larve elle-même.

Les trous de sortie en D sont l’indice le plus fiable, mais ils n’apparaissent qu’une fois l’insecte parti. Quand ils sont visibles, la branche concernée est généralement perdue. Une branche brunie ne reverdit pas, car les thuyas ne repartent presque jamais sur le vieux bois dénudé.

Autre signe, plus tardif : des plages d’écorce qui se fendent ou se détachent en lanières, avec parfois des écoulements de résine. Chez les sujets très atteints, c’est le tronc ou une charpentière principale qui est touché, et l’arbre entier s’effondre en une saison.

Un thuya sain résiste bien aux attaques isolées, car l’insecte privilégie les arbres déjà stressés. Ceux qui souffrent d’un arrosage insuffisant pendant les étés caniculaires, d’une taille trop sévère ou d’un sol compacté deviennent des cibles faciles. Les canicules répétées de ces dernières années ont probablement aggravé la situation dans plusieurs régions.

Que faire une fois le bupreste installé ?

Aucun insecticide homologué pour particuliers ne vient à bout des larves, protégées sous l’écorce. Les traitements du feuillage visent les adultes, et leur efficacité reste limitée tant que l’insecte peut revenir depuis les haies voisines. Mieux vaut se renseigner auprès de la FREDON de sa région ou d’un paysagiste agréé avant d’acheter un produit qui ne servira à rien.

La priorité est sanitaire. On taille les rameaux atteints en coupant largement dans le bois sain, idéalement en hiver, lorsque les larves sont encore dans le bois, puis on évacue les déchets en déchetterie ou on les brûle là où la réglementation le permet (le brûlage des déchets verts est interdit dans la plupart des départements). Laisser les branches en tas dans un coin du jardin permet aux adultes d’émerger et de repartir pondre.

Si plus d’un tiers de l’arbre est touché, l’abattage s’impose.

La prévention repose sur la vigueur des sujets. Un arrosage profond, plutôt qu’un arrosage fréquent et superficiel, pendant les périodes de sécheresse, associé à un paillage de 5 à 8 cm au pied de la haie, limite le stress hydrique. Il faut aussi éviter les tailles trop sévères en été, qui affaiblissent l’arbre et attirent les femelles pondeuses, et ne jamais tailler dans le vieux bois, qui ne repousse pas.

Pour les remplacements, la diversification reste la meilleure assurance. Une haie champêtre mêlant charmille, noisetier, viorne, cornouiller et fusain n’offre aucune cible unique à un ravageur spécialisé. Le laurier-palme ou le photinia vont dans le même sens, à condition de ne pas recréer une nouvelle monoculture sur 20 mètres.

Les genévriers et les cyprès, apparentés au thuya, peuvent eux aussi être attaqués. Les replanter à la place d’un thuya mort ne règle donc pas le problème, et le bupreste peut ensuite passer d’un arbre à l’autre sans difficulté.

Dans une haie de thuyas qui roussit, un contrôle de l’écorce en juin, au moment du vol des adultes, permet de repérer les premières attaques et de sacrifier quelques branches plutôt que toute la clôture.