Le laurier palme (Prunus laurocerasus) se bouture bien en terre, nettement moins bien dans l’eau. Les deux méthodes donnent des racines, mais celles formées dans l’eau sont fragiles, cassantes, et supportent mal le passage au substrat. Pour une haie de vingt mètres, la terre l’emporte sans discussion.
- Le laurier palme prend mieux en terre que dans l’eau
- Les racines formées dans l’eau se cassent au rempotage
- Le prélèvement se fait entre août et octobre, sous un nœud
- Un microclimat humide sous plastique assure la reprise
Pourquoi l’eau séduit, et pourquoi elle déçoit
Le verre d’eau sur le rebord de la fenêtre a un avantage réel : on voit ce qui se passe. Une branche de laurier plongée dans l’eau émet parfois un cal au bout de trois à quatre semaines, puis quelques racines blanches. Cela rassure, et c’est tout l’intérêt de la méthode.
Le problème vient de la nature de ces racines. Formées dans un milieu saturé en eau et pauvre en oxygène, elles sont longues, lisses et dépourvues des radicelles fines qui explorent un sol. Lors du rempotage, elles s’abîment ou pourrissent, et la bouture subit un choc que beaucoup ne surmontent pas. Le laurier palme, à grandes feuilles coriaces, perd en outre beaucoup d’eau par transpiration, ce qui accentue le stress.
Le taux de reprise reste très aléatoire.
Si vous tenez à l’eau, changez-la tous les trois ou quatre jours pour limiter les bactéries, et rempotez dès que les racines atteignent 2 ou 3 centimètres, pas plus. Plus elles s’allongent dans l’eau, plus la transition devient difficile. Un pot de 9 cm rempli d’un mélange léger suffit pour cette étape.
La bouture en terre, méthode des pépiniéristes
Les professionnels bouturent le laurier palme en substrat, sous abri, à la fin de l’été ou à l’automne. La technique dite de bouture semi-ligneuse consiste à prélever des rameaux de l’année dont la base commence à durcir, généralement entre août et octobre. Fin octobre reste jouable en climat doux, à condition de protéger les pots du gel.
Le prélèvement compte beaucoup. Coupez des tronçons de 15 à 20 cm, sous un nœud, avec un sécateur propre et désinfecté à l’alcool. Gardez deux ou trois feuilles au sommet, que vous recoupez de moitié pour réduire l’évaporation, et supprimez toutes les autres.
Trempez la base dans une poudre d’hormone de bouturage, vendue en jardinerie, puis enfoncez-la sur un tiers de sa longueur dans un mélange drainant. Un volume de terreau pour un volume de sable grossier ou de perlite donne de bons résultats, car il retient l’humidité sans l’étouffer. Plantez plusieurs boutures par godet ou par bac, en gardant quelques centimètres entre elles, car toutes ne prendront pas.
Comptez sur un taux de réussite de 60 à 80 % pour un jardinier soigneux.
Le microclimat qui fait la différence
La bouture n’a pas de racines pour boire, mais ses feuilles continuent de transpirer. Il faut donc maintenir une atmosphère humide autour d’elle : un sac plastique transparent tendu sur des arceaux, une mini-serre ou une bouteille d’eau coupée en deux font l’affaire. Aérez quelques minutes tous les deux ou trois jours pour éviter la moisissure, qui ravage les lots en quelques jours.
Placez l’ensemble à la lumière vive mais sans soleil direct, qui cuirait les feuilles sous plastique. Une température de 15 à 20 °C favorise l’enracinement, d’où l’intérêt d’un châssis froid ou d’une véranda non chauffée en automne. Arrosez très légèrement, le substrat doit rester frais, jamais détrempé.
Les premières racines apparaissent après six à dix semaines, parfois davantage en saison fraîche. Un test simple : tirez très doucement sur la tige. Une résistance indique que l’enracinement est en cours, et de nouvelles pousses au sommet le confirment.
Du pot à la haie : le calendrier réaliste
Ne plantez pas en pleine terre trop tôt. Laissez les jeunes plants passer l’hiver à l’abri, dans leur godet, puis rempotez-les au printemps dans un contenant de 1 à 2 litres. Après un second été en pépinière domestique, ils atteignent 40 à 50 cm et peuvent rejoindre la haie.
Pour une haie dense, espacez les pieds de 80 cm à 1 mètre, soit environ un à deux plants par mètre linéaire selon la rapidité de fermeture souhaitée. Le laurier palme pousse vite une fois installé, souvent de 30 à 60 cm par an. Un paillage de 5 à 8 cm de copeaux ou d’écorces aide à conserver la fraîcheur du sol la première année.
Côté économie, la différence parle d’elle-même : un plant de laurier palme de belle taille se vend couramment plusieurs euros pièce en jardinerie, alors qu’une bouture ne coûte que le prix du terreau et un peu de patience. Pour trente plants, l’écart se compte en dizaines d’euros, voire en centaines selon la hauteur achetée.
Une précaution s’impose : ce végétal contient des composés cyanogènes dans ses feuilles et ses graines, toxiques en cas d’ingestion. Portez des gants lors de la taille et tenez les enfants et les animaux à l’écart des chutes de branches fraîches, surtout si vous laissez les déchets au sol pendant plusieurs jours.