Buis à odeur de pipi de chat : d’où vient cette odeur, quand elle est la plus forte et comment la limiter

L’odeur de pipi de chat qui s’échappe d’un buis ne vient presque jamais d’un chat. Elle est produite par la plante elle-même, qui émet des composés soufrés volatils, surtout quand ses feuilles sont stressées, blessées ou chauffées par le soleil. Ces molécules, de la famille des thiols, sont les mêmes que l’on retrouve dans l’urine féline et dans certains vins blancs, comme le sauvignon.

À retenir
  • Les composés soufrés volatils viennent de la plante, pas d’un animal.
  • L’odeur atteint son maximum juste après une taille et par forte chaleur.
  • Ramasser les rognures tout de suite et tailler tôt le matin réduisent nettement la gêne.

Une signature chimique, pas une maladie

Le buis (Buxus sempervirens) renferme dans ses feuilles et ses tiges des alcaloïdes stéroïdiens et des huiles aromatiques. Leur odeur est connue depuis longtemps des jardiniers, qui parlent d’un parfum « de fauve » ou de « ménagerie ». Elle ne signale ni parasite ni pourriture.

Tous les buis ne sentent pas pareil. Certaines variétés, comme le buis commun, sont nettement plus odorantes que le buis du Japon (Buxus microphylla), souvent jugé plus discret. Le sujet est aussi une affaire de nez : une partie de la population perçoit très fortement les thiols, une autre à peine.

Rassurant ? Oui, l’odeur n’indique aucun danger pour la plante.

Un conseil de bon sens toutefois : une odeur inhabituelle, plus âcre ou fermentée, accompagnée de feuilles brunes, doit faire chercher ailleurs. La pyrale du buis, arrivée en France à la fin des années 2000, laisse des fils de soie, des excréments verdâtres et des feuilles rongées, ce qui n’a rien à voir avec le parfum naturel du feuillage.

Quand l’odeur est la plus forte

Le pic se produit après la taille. Chaque coupe ouvre des milliers de cellules et libère d’un coup les composés volatils, ce qui explique qu’une haie fraîchement taillée sente bien plus qu’une haie intacte. Une bordure de 20 mètres taillée en plein été peut parfumer tout un jardin pendant un à deux jours.

La chaleur amplifie le phénomène. Plus la température monte, plus les molécules s’évaporent vite, d’où des odeurs marquées par temps lourd, en fin de journée, ou après une averse suivie de soleil. L’humidité les garde près du sol, ce qui les rend plus perceptibles à hauteur de nez.

L’âge et la densité jouent aussi. Un vieux buis très compact, dont l’intérieur ne reçoit presque pas d’air, concentre davantage de feuillage mort et de composés piégés. Il suffit de l’écarter à la main pour sentir un souffle bien plus fort qu’à l’extérieur.

Le printemps, lui, réserve une autre surprise. La floraison discrète du buis, en mars et avril, attire les abeilles très tôt dans la saison, et son pollen s’ajoute à l’ambiance olfactive sans pour autant sentir le chat.

Comment limiter l’odeur sans arracher la haie

Le premier levier est le calendrier de taille. Mieux vaut tailler tôt le matin ou par temps couvert et frais, plutôt qu’en pleine chaleur, ce qui réduit l’évaporation immédiate. Deux tailles par an, l’une autour de la Pentecôte et l’autre en septembre, étalent aussi les émissions au lieu de les concentrer.

Ramasser les rognures tout de suite compte énormément. Laissées en tas ou sur la pelouse, elles continuent de dégager leur odeur en séchant et fermentent vite par temps humide. Un balayage ou un passage de souffleur sur une bâche, puis un envoi en déchetterie ou en compost bien mélangé à des matières brunes, évite de garder la source au pied de la terrasse.

L’emplacement fait le reste. Une haie de buis plantée à moins de deux mètres d’une fenêtre ou d’une table de repas se fera sentir plus souvent. Décaler le salon de jardin, ou intercaler des plantes à parfum plus puissant comme la lavande, le romarin ou le chèvrefeuille, masque la note animale sans la supprimer.

Aérer la plante est une piste souvent oubliée. Une taille d’éclaircissage, qui retire quelques branches à l’intérieur pour laisser circuler l’air, réduit les zones stagnantes et diminue le risque de maladies comme la cylindrocladiose, un champignon qui provoque des taches brunes puis la chute des feuilles.

Le lavage qui calme le feuillage

Un jet d’eau en pluie fine après la taille entraîne une partie des composés déposés sur les feuilles. Le geste fonctionne mieux le soir, quand la chaleur est retombée, et il présente un avantage supplémentaire : il chasse la poussière qui piège les odeurs.

Remplacer le buis, une option à étudier

Si l’odeur reste insupportable, d’autres arbustes permettent de reproduire une bordure taillée. L’if, l’ilex crenata (houx japonais) et le fusain du Japon ont un feuillage persistant dense et une odeur bien moins marquée. Le troène, plus vigoureux, convient aux haies plus hautes.

L’argument est d’autant plus sérieux que la pyrale du buis a décimé de nombreuses haies depuis 2008, en particulier dans le sud-est et la vallée du Rhône. Beaucoup de jardiniers qui remplacent leur buis le font d’abord pour cette raison, la question de l’odeur venant s’ajouter à la liste.

Avant d’arracher, une dernière précaution : toutes les parties du buis sont toxiques pour les chiens, les chats et les chevaux en cas d’ingestion, à cause de leurs alcaloïdes. Porter des gants pour la taille et garder les animaux à l’écart des rognures reste une règle simple, que l’on ait gardé ou remplacé sa haie.