J’ai laissé les encoches en demi-lune s’installer sur mes troènes tout l’été juste parce que la haie restait verte : à l’automne, des pans entiers se sont mis à sécher

Des encoches régulières, presque parfaites, sur le bord des feuilles de troène. Pendant tout l’été, la haie a gardé sa couleur, alors on a laissé filer. Erreur classique : ce grignotage nocturne signe la présence de l’otiorhynque, un charançon dont les larves s’attaquent aux racines pendant que les adultes se contentent du feuillage. Le résultat arrive plus tard, quand on ne l’attend plus : des branches entières qui jaunissent puis sèchent sur pied, à l’automne.

À retenir

  • Des petites encoches parfaites sur les feuilles : le premier indice que vous avez raté
  • Pendant que vous admirez votre haie verte, des larves invisibles détruisent les racines sous terre
  • À l’automne, il est souvent trop tard pour sauver les branches : mais vous pouvez encore agir

Un charançon nocturne aux dégâts trompeurs

L’otiorhynque est un insecte de la famille des charançons, un ravageur pour les plantes du jardin telles que les rhododendrons, les cyclamens, les azalées et les fraises. Le troène ne fait pas exception : il mange les feuilles d’un large éventail de plantes en dehors de la vigne, et notamment les rosiers, rhododendrons, fusains, lilas, troènes, viornes, lauriers cerises, camélias, photinia, heuchères, saxifrages, bégonias, sedums et autres plantes vivaces et arbres, surtout ceux au feuillage coriace.

Sa signature visuelle ne trompe pas. Les feuilles sont dévorées, en commençant par les bords extérieurs, et prennent alors un aspect caractéristique : le bord des limbes foliaires est découpé en encoches régulières formant une crénelure marquée. On pense parfois à une attaque de limaces, mais aucune trace visqueuse ne subsiste sur le feuillage, contrairement aux gastéropodes. On pense aussi aux abeilles coupeuses de feuilles, sauf qu’elles procèdent différemment : elles découpent « au compas » de profonds arrondis, alors que le charançon laisse plutôt des petites entailles répétées, comme un limbe crénelé comme une tour médiévale.

L’insecte lui-même se dérobe presque toujours à l’observation directe. C’est un coléoptère nocturne, généralement noir ou brun foncé, mesurant entre 8 et 12 mm, qui se cache dans le sol ou sous les écorces le jour, devient actif à la tombée de la nuit, et se déplace en rampant, incapable de voler. Voilà pourquoi on repère les dégâts sans jamais croiser le coupable : il opère la nuit, puis disparaît avant l’aube.

Pourquoi la haie reste verte l’été et sèche à l’automne

Le décalage entre le symptôme visible et le vrai danger explique parfaitement ce qui s’est passé sur les troènes. Entre le printemps et l’automne, l’insecte adulte découpe le tour des feuilles en réalisant de véritables poinçons très réguliers et caractéristiques, tandis que les larves naissent en fin d’été et se nourrissent de racines et du collet de la plante, ce qui l’affaiblit graduellement, jusqu’à dépérir. Les morsures de l’adulte, aussi disgracieuses soient-elles, restent superficielles : les dégâts sont souvent d’ordre esthétique, même s’ils affaiblissent la plante, alors que le travail de sape de la larve est plus insidieux car elle s’attaque aux racines et au collet des végétaux qui finissent par s’étioler et mourir.

C’est là que réside le piège pour qui juge une haie uniquement sur sa couleur. Pendant l’été, le troène puise encore assez dans ses réserves racinaires pour masquer l’attaque en cours sous la terre. Tout au cours de l’été les femelles pondent des œufs enterrés au pied des plantes, d’où éclosent des petits vers blancs à tête orange, des larves très voraces qui font entièrement leur cycle larvaire au cours de l’été et de l’automne. Ce sont ces vers, invisibles depuis la surface, qui rongent progressivement le système racinaire jusqu’à l’automne, moment où la plante n’a plus assez de racines fonctionnelles pour alimenter son feuillage. Les branches sèchent alors d’un coup, pas parce qu’il fait plus froid, mais parce que la plomberie souterraine est hors service.

L’aspect des larves aide à confirmer le diagnostic si l’on creuse au pied d’un pan de haie touché. Ce sont de petites larves blanches, arquées, trapues, qui se développent sous la surface du sol pendant presque 2 ans, en se nourrissant des racines et du cambium. Deux ans, parfois. Le temps d’un cycle scolaire complet pour miner discrètement une haie entière sans qu’on s’en aperçoive.

Que faire maintenant, et comment éviter la rechute au printemps

Pour les branches déjà sèches, il n’y a plus grand-chose à sauver localement : mieux vaut les tailler pour stimuler une reprise depuis la base, si le collet n’est pas trop attaqué. Le vrai chantier se joue sur le sol, pas sur le feuillage. L’attaque des otiorhynques peut être stoppée grâce à l’action de nématodes spécifiques, le Heterorhabditis bacteriophora, qui va s’attaquer aux larves, à mettre dans l’eau d’arrosage, au mois d’août septembre. La fenêtre d’intervention se resserre donc chaque automne : passé un certain stade, les larves sont trop développées pour que le traitement biologique soit pleinement efficace.

Pour les adultes qui remonteront se nourrir au printemps prochain, une barrière physique reste la solution la plus simple à mettre en œuvre sans produit chimique. Des bandes de glu autour du tronc les empêchent d’atteindre le feuillage, puisque l’insecte grimpe en rampant plutôt qu’en volant. En complément, pailler le sol au pied des végétaux limite la ponte, ce qui coupe le cycle avant même qu’il ne démarre. Un paillage épais gêne les femelles pour déposer leurs œufs au contact direct de la terre, là où les larves ont besoin d’éclore.

Un dernier réflexe mérite d’être pris avant toute nouvelle plantation dans le jardin : inspecter la motte. Lors de l’achat de vos plantes, vérifiez que la motte ne contient pas de larves, en secouant la motte hors de son pot. Beaucoup d’infestations démarrent ainsi, importées avec un arbuste acheté en jardinerie sans qu’on y prête attention. Une haie de troène plantée l’an dernier peut très bien avoir apporté le problème avec elle, bien avant que la première encoche en demi-lune n’apparaisse sur une feuille.

Laisser un commentaire