J’avais planté un laurier-palme contre ma clôture sans y réfléchir : le jour où un voisin m’a expliqué pourquoi les anciens ne le mettaient jamais près de la maison, j’ai tout compris

Le laurier-palme, c’est l’arbuste de la facilité. Croissance rapide, feuillage persistant toute l’année, résistant à la taille, indifférent à presque tous les types de sol : sur le papier, rien ne s’oppose à en planter une rangée collée à la clôture, histoire d’avoir la paix avec les voisins. C’est exactement ce que j’avais fait, sans y réfléchir à deux fois. Et c’est un voisin d’une soixantaine d’années, ancien agriculteur reconverti en jardinier passionné, qui m’a ouvert les yeux sur tout ce que j’ignorais de cette plante en apparence banale.

À retenir

  • Pourquoi cette plante apparemment inoffensive transforme les forêts en déserts écologiques
  • La toxicité cachée du laurier-palme : combien de feuilles suffisent pour être dangereux ?
  • Ce que le Code civil dit vraiment sur la distance légale entre votre haie et celle du voisin

Un « béton vert » qui s’échappe de votre jardin

Son surnom devrait alerter. Avec un port touffu et dense, des feuilles persistantes et une bonne tolérance à la taille, le laurier-palme est si utilisé en haie brise-vue qu’il a hérité du surnom de « béton vert » ou « mur vert ». Mais le béton, lui, reste où on le coule. Le laurier-palme, non.

Avec une floraison très importante au printemps, le laurier-palme se propage à large échelle grâce aux oiseaux qui dispersent les baies dont ils sont friands. Il est envahissant, aussi bien dans les milieux ouverts et ensoleillés que dans les milieux forestiers. Ce mécanisme de dissémination par les oiseaux a une conséquence concrète : de par son ombrage et son feuillage persistant, il perturbe la régénération des boisements dans lesquels il s’installe en empêchant le développement des autres espèces. Au final, la forêt auparavant riche en essences diverses et en biodiversité disparaît pour ne laisser place qu’à un boisement de lauriers palmes où toute autre vie est rendue impossible, qu’elle soit végétale ou animale.

L’ONF le confirme sur le terrain : dans de nombreuses forêts d’Île-de-France, le constat est le même, le Laurier du Caucase se développe au détriment des espèces locales. Sa présence a divers impacts sur la forêt : il empêche les autres plantes et petits arbres de se développer et donc à la forêt de se régénérer. Ses feuilles épaisses mettent beaucoup de temps à se transformer en humus. Des chantiers d’arrachage sont désormais menés sur plusieurs massifs franciliens. Le laurier-cerise est considéré comme une plante envahissante dans une grande partie de l’Europe, principalement sur la façade atlantique et en région méditerranéenne. En Suisse, il a même été placé sur la liste noire des néophytes envahissants, son usage est déconseillé.

Ce que les anciens savaient intuitivement, les écologues le mesurent aujourd’hui : planter du laurier-palme contre sa clôture, c’est potentiellement alimenter une invasion silencieuse. Le Laurier du Caucase ayant une capacité à faire des racines, chaque branchage issu d’une taille déposé en forêt est une potentielle bouture. Jeter ses résidus de taille n’importe où, c’est donc accélérer le problème.

Une plante toxique qu’on installe à côté de la terrasse

Voilà ce que peu de vendeurs en jardinerie précisent au moment de l’achat. Toutes les parties du laurier-cerise, feuilles, fleurs, graines, sont toxiques. Ce n’est pas une mise en garde vague : elles contiennent des hétérosides cyanogénétiques, dont principalement le prunasoside, présent en grande quantité dans les jeunes feuilles, et l’amygdaloside, présent dans les graines des fruits. la plante libère de l’acide cyanhydrique lors de l’ingestion.

Ce qui distingue particulièrement le laurier-cerise, c’est l’odeur caractéristique d’amande dégagée par ses feuilles lorsqu’elles sont froissées. Cette particularité est due à la présence d’acide cyanhydrique, une substance toxique contenue dans les feuilles, les fleurs et les noyaux du fruit. Le Centre antipoison de Lille est précis sur les doses : la dose toxique pour un humain correspond à 2 feuilles fraîches. La dose létale atteint 20 feuilles fraîches ou 5 amandes du noyau.

Pour les animaux domestiques, le risque est réel. Les principales substances responsables de cette dangerosité sont la prulaurasine et l’amygdaline. Elles présentent toutes deux la particularité de libérer du cyanure, hautement toxique, pendant la digestion. Et pour les animaux de ferme ou les chevaux présents à proximité, la situation vire au danger grave : leur ingestion, en grande quantité et dans un court laps de temps, peut provoquer la mort de l’équidé par paralysie respiratoire. Le Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires recense régulièrement des cas d’intoxication liés aux résidus de taille laissés accessibles.

Planter ce végétal à moins d’un mètre de la terrasse où jouent des enfants, ou dans un jardin fréquenté par un chien curieux, mérite au minimum d’y réfléchir.

La loi, les distances et le voisin qu’on n’a pas consulté

Mon voisin m’a posé une question simple : « Tu as mesuré la distance entre ton laurier et ma clôture ? » Je n’avais pas mesuré. Et c’est là que le Code civil entre en scène, avec une logique claire mais méconnue.

Il n’est permis d’avoir des arbres, arbrisseaux et arbustes près de la limite de la propriété voisine qu’à la distance de deux mètres de la ligne séparative pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, et à la distance d’un demi-mètre pour les autres plantations. Or, le laurier-palme peut atteindre 3 à 6 mètres de hauteur. Un arbuste non taillé régulièrement franchit très vite la barre des deux mètres, ce qui déclenche l’obligation de respecter la distance de deux mètres par rapport à la limite séparative. Si vous le plantez en haie le long d’un mur mitoyen sans respecter cette distance, votre voisin peut exiger l’arrachage.

La question de la distance vis-à-vis du mur ou de la façade mérite aussi attention. Si vous plantez contre un mur de votre maison, laissez au moins 80 cm à 1 m. Cela permet à l’air de circuler, évite l’humidité contre le mur et laisse de la place pour les racines. Sur les sols argileux, le problème prend une autre dimension : en sol argileux, toute végétation qui pompe de l’eau en périphérie d’une fondation contribue à assécher localement le terrain, ce qui peut provoquer des tassements différentiels, source de fissures dans les murs. Si vous avez une vieille canalisation d’évacuation en terre cuite ou en ciment qui est déjà fissurée, les fines racines sont opportunistes. Attirées par l’humidité qui s’en échappe, elles peuvent s’infiltrer par la fissure et proliférer à l’intérieur du tuyau jusqu’à le boucher complètement.

Ce qu’on peut faire concrètement

Abandonner totalement le laurier-palme serait excessif. Il reste un brise-vue efficace, résilient, rapide à pousser. Mais quelques ajustements changent tout dans la durée.

Premier réflexe : couper les haies de laurier du Caucase avant la période de floraison, pour limiter la production de baies et donc la dissémination par les oiseaux. Une à deux tailles par an, fin du printemps et éventuellement début d’automne, suffisent pour les lauriers-cerises et lauriers-palmes. C’est aussi la meilleure façon de contenir la hauteur et de rester en conformité avec les distances légales.

Côté résidus, les chevaux, et plus généralement les animaux, s’intoxiquent généralement suite à l’ingestion de résidus de taille laissés à leur portée ou dispersés dans l’herbe. Ramasser et déposer les déchets en déchetterie plutôt que de les jeter sur un talus ou en lisière de bois, c’est une précaution simple qui change beaucoup. Quant aux distances, pour pouvoir tailler tranquillement, il est vivement conseillé de planter à au moins 80 cm à 1 m de la limite séparative. En pratique, cela laisse aussi de l’espace pour entretenir la haie sans empiéter chez le voisin.

Pour ceux qui veulent une haie dense mais moins problématique sur le plan écologique, des alternatives existent : le charme, le fusain d’Europe ou la viorne lantane offrent un feuillage généreux tout en soutenant la faune locale que le laurier-palme, lui, par la toxicité de sa fructification et de la litière qu’il produit, présente un intérêt très limité pour la faune sauvage des jardins. Ce n’est pas anodin quand on sait que les jardins représentent, agrégés à l’échelle nationale, une surface considérable d’habitats potentiels pour les insectes et les oiseaux pollinisateurs.

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