Un thuya dont les rameaux collent aux doigts et se couvrent d’une suie noire n’est pas malade du noir : il héberge des insectes piqueurs, et la poussière sombre n’est que la conséquence. Les coupables sont presque toujours des pucerons, le plus souvent ceux du genre Cinara, qui sucent la sève et rejettent un liquide sucré, le miellat. Sur ce sucre, un champignon s’installe, la fumagine.
- Le miellat sucré des pucerons nourrit un champignon noir, la fumagine.
- Les Cinara du thuya se cachent à l’intérieur de la haie, sous les rameaux.
- Un jet d’eau puissant puis un savon noir dilué suffisent souvent à nettoyer la haie.
- Un sol bien arrosé et un paillage limitent le retour des pucerons.
Du miellat à la suie : comment la haie noircit
Le miellat est un déchet. Le puceron absorbe bien plus de sève qu’il n’en a besoin, car celle-ci est pauvre en protéines, et il évacue l’excédent en fines gouttelettes qui retombent sur les rameaux du dessous.
Des champignons saprophytes, dont ceux des genres Capnodium et voisins, colonisent alors ce film sucré. Ils ne s’attaquent pas aux tissus du thuya : ils se nourrissent du miellat déposé à la surface. Le feutrage noir se gratte à l’ongle et laisse apparaître un feuillage vert dessous, ce qui permet de le distinguer d’une vraie maladie.
Le dégât reste pourtant réel. La couche sombre filtre la lumière et gêne la photosynthèse, et la plante, déjà vidée de sa sève, jaunit puis brunit par plaques.
Les fourmis aggravent le tableau.
Elles raffolent du miellat, protègent les colonies de pucerons contre les coccinelles et les syrphes, et déplacent parfois les insectes d’un rameau à l’autre. Un sentier de fourmis qui grimpe le long du tronc est un signal d’alerte fiable, souvent visible avant le noircissement.
Repérer les pucerons du thuya avant que tout soit noir
Les Cinara du thuya sont des pucerons assez gros, de 2 à 4 mm, gris-brun, parfois recouverts d’une fine pruine cireuse. Ils se rassemblent en colonies serrées sous les rameaux, à l’intérieur de la haie, là où l’on ne regarde jamais. Une branche secouée au-dessus d’une feuille de papier blanc suffit à les faire tomber et à les compter.
Les périodes de pullulation vont du printemps jusqu’au début de l’automne, avec des pics quand le temps est doux et sec. Un thuya affaibli par la sécheresse, un sol tassé ou une taille trop sévère les attire davantage. Les étés chauds enchaînés ces dernières années ont multiplié les haies fragilisées, donc les colonies.
Pas de panique avant d’avoir confirmé le diagnostic, car d’autres causes brunissent les thuyas : manque d’eau, excès d’humidité à la base, attaque de scolytes ou de champignons du collet. Si le feuillage est collant, c’est le signe des pucerons. S’il est sec, cassant et sans trace de miellat, cherchez ailleurs.
Le collant, lui, ne ment presque jamais.
Nettoyer la haie sans abîmer le feuillage
Le premier geste est un jet d’eau puissant, en pluie fine, dirigé de bas en haut puis de haut en bas, sur toute la hauteur. Il décroche une bonne partie des pucerons, qui ne remontent pas toujours, et dissout le miellat avant qu’il ne nourrisse la suie. À répéter deux ou trois fois à quelques jours d’intervalle, tôt le matin pour que le feuillage sèche dans la journée.
Pour la fumagine déjà installée, une solution de savon noir liquide, autour de 1 à 2 % dans l’eau tiède (10 à 20 ml par litre), appliquée au pulvérisateur, ramollit le dépôt et asphyxie les pucerons au contact. Rincez à l’eau claire après quinze à vingt minutes. Évitez de traiter en plein soleil ou par plus de 25 °C, sous peine de roussir les écailles du thuya.
Les huiles végétales et le savon de Marseille donnent des résultats comparables sur de petites haies, mais le traitement ne vaut que s’il atteint le dessous des rameaux, où se cachent les colonies. Sur une haie de 20 mètres haute de deux mètres, comptez un pulvérisateur à lance et une bonne heure de travail.
La fumagine ne part pas en un jour. Elle s’écaille et tombe progressivement, au fil des pluies, une fois la source de miellat tarie.
Laisser la faune auxiliaire travailler
Une coccinelle adulte peut consommer plusieurs dizaines de pucerons par jour, et sa larve, plus encore. Les larves de syrphes et de chrysopes ne sont pas en reste. Un insecticide chimique à large spectre les élimine aussi, ce qui relance souvent la pullulation quelques semaines plus tard.
Un nichoir à chrysopes, un tas de bois ou une bande fleurie au pied de la haie (achillée, fenouil, phacélie) installent ces alliés à demeure. Cela demande un à deux ans de patience, mais la pression des pucerons baisse nettement dans les jardins qui les accueillent.
Éviter que ça recommence
Un thuya robuste résiste mieux. L’arrosage profond en été, un paillage de 5 à 8 cm de copeaux ou de broyat au pied, et un apport de compost à l’automne limitent le stress hydrique, premier facteur d’infestation. Un arrosage court et fréquent, lui, ne sert à rien : il faut mouiller le sol sur 20 à 30 cm de profondeur, soit environ 20 à 30 litres par mètre linéaire une fois par semaine par temps sec, pour une haie installée depuis quelques années.
La taille compte aussi. Les thuyas ne repartent pas sur le vieux bois dépourvu de feuillage : une coupe trop sévère laisse des trous définitifs et affaiblit la haie. Taillez en dehors des fortes chaleurs, de préférence entre la fin de l’été et le début de l’automne, ou au printemps avant la montée de sève, en gardant une silhouette légèrement plus large à la base.
Une haie trop dense, jamais aérée, favorise l’humidité stagnante et protège les colonies. Un éclaircissement léger de l’intérieur, en retirant les rameaux morts à la main avec des gants, améliore la circulation de l’air et rend les pucerons plus faciles à déloger.
Si, malgré tout, plus de la moitié de la haie brunit ou si le collant persiste d’une année sur l’autre, un pépiniériste ou un conseiller horticole peut examiner un rameau et écarter une cause racinaire. Quelques traitements de savon noir au printemps, dès les premières colonies visibles en avril ou mai, coûtent bien moins cher que le remplacement de dix thuyas.