Un feuillage qui vire au roux à la base, des branches basses qui craquent sans résistance, une odeur de terre fermentée au pied de la haie. Voilà ce que révèle, chaque printemps, l’eau d’une gouttière laissée à s’écouler tout l’hiver au ras d’un thuya : non pas une économie d’arrosage, mais une lente asphyxie du collet, cette zone de transition entre racines et tronc où tout se joue.
À retenir
- L’eau stagnante au pied des thuyas n’est pas une économie, mais une lente asphyxie du collet
- Le Phytophthora cinnamomi se développe précisément dans les conditions créées par une gouttière mal dirigée
- Une fois le collet nécrosé, il n’existe aucun traitement : seulement la prévention fonctionne
Le collet, ce point névralgique que l’eau stagnante attaque en silence
Le thuya n’est pas exigeant sur la fréquence d’arrosage une fois installé, mais il déteste avoir les pieds dans l’eau en permanence. Le thuya apprécie un sol bien drainé car il craint d’avoir les racines constamment détrempées. Un tuyau de gouttière qui déverse plusieurs litres à chaque pluie, au même endroit, pendant des mois, crée exactement la situation inverse de ce que la plante recherche.
Le problème ne vient pas seulement du volume d’eau, mais de sa stagnation prolongée. À l’inverse, un excès d’eau dans un sol compact et mal drainé favorise le développement de champignons pathogènes. Et les sols argileux, très fréquents dans les jardins pavillonnaires, aggravent le phénomène : les thuyas plantés dans un sol argileux souffrent particulièrement de ces variations hydriques, l’eau stagne autour des racines en hiver puis le sol se dessèche rapidement en été. Un cercle vicieux qui épuise l’arbre avant même qu’il ne montre le moindre symptôme visible.
Phytophthora : le champignon qui profite de l’aubaine
C’est là que la maladie s’installe. La maladie Phytophthora cinnamomi représente la pathologie la plus redoutable pour les thuyas. Ce champignon s’installe dans les sols humides et compacts, attaque les racines du thuya et remonte progressivement vers les branches. Un mécanisme redoutable, car il agit d’abord sous terre, hors de vue, avant de se manifester en surface.
Ce pathogène a un besoin précis pour se développer : de l’eau qui ne bouge pas. Les sols argileux et compacts, souvent appelés « terres lourdes », retiennent facilement l’eau. Dans certaines situations, c’est une bonne chose, mais en ce qui concerne les phytophthoras, une eau stagnante est un terrain de développement très favorable. Une gouttière qui déverse son contenu au même point du jardin, hiver après hiver, offre donc des conditions d’infection presque idéales pour ce champignon.
Les dégâts se lisent d’abord sur les racines avant de gagner le tronc. Ce sont les racines et le pied de la plante (le collet) qui sont le plus souvent touchés par les phytophthoras. Cela se traduit alors par la pourriture du système racinaire, sa décoloration et l’absence de radicelles. l’arbre perd progressivement sa capacité à puiser l’eau et les minéraux dont il a besoin, même quand il en a sous les pieds en abondance. Ironie du sort : trop d’eau finit par produire les mêmes symptômes qu’un manque d’eau.
Et une fois le collet touché, l’évolution est rapide. Phytophthora cinnamomi est un champignon pathogène qui attaque les racines (pourrissement) et provoque le dépérissement des thuyas attaqués. Brunissement soudain et progressif du feuillage, jusqu’à concerner la totalité des rameaux. La plante atteinte est condamnée. Un mot qui claque, mais qui reflète la réalité : contrairement à une carence en eau ou en nutriments, il n’existe pas de remède miracle une fois l’infection installée.
Ce qu’il aurait fallu faire (et ce qu’il reste à faire maintenant)
La solution ne consiste pas à arrêter tout arrosage complémentaire l’été, mais à repenser l’écoulement de l’eau de pluie. Détourner une gouttière de quelques mètres, installer un regard ou un drain enterré, ou simplement rediriger le tuyau vers une zone de pelouse plutôt que vers le pied des arbustes suffit souvent à éviter le problème. On peut aussi réduire la fréquence de la maladie en rectifiant le drainage des zones trop humides. Un chantier d’une demi-journée, contre des années à reconstituer une haie entière.
Pour les sols naturellement lourds, alléger la terre reste la meilleure prévention à long terme. Si besoin, allégez votre sol en y incorporant du sable. Bien espacer les végétaux et les cultures. Vous empêcherez ainsi de créer des conditions favorables à la maladie et limiterez les risques de contagion en cas de survenance. C’est aussi valable lors d’une nouvelle plantation : mieux vaut prévenir en amont qu’essayer de corriger un sol déjà saturé sous une haie mature aux racines fragilisées.
Un dernier réflexe, souvent négligé : surveiller la base des thuyas à l’automne, avant que l’humidité hivernale ne s’installe durablement. Aérez la terre au pied des thuyas avec une griffe pour limiter l’étouffement racinaire. Un geste simple, qui permet de repérer un excès d’humidité résiduelle avant qu’il ne devienne un terrain favorable au champignon pendant les mois froids.
Une fois le collet nécrosé, il n’existe malheureusement aucun traitement curatif efficace contre le pourridié phytophthoréen, seulement des mesures préventives à appliquer sur les sujets encore sains de la haie. Le plus frustrant dans cette histoire ? Ce n’est pas l’eau en elle-même qui tue le thuya, mais son immobilité prolongée au même endroit, un détail que beaucoup de propriétaires découvrent seulement après avoir perdu plusieurs mètres de haie.
Sources : jardinpaysagiste.fr | electroconseil.fr