Deux hivers. C’est le temps qu’il a fallu pour comprendre que le tas de thuya au fond du jardin ne deviendrait jamais du terreau, du moins pas comme prévu. La raison tient en un mot : chimie. Le thuya (Thuja) renferme des molécules qui agissent comme un conservateur naturel, et c’est précisément ce qui empêche le compost de monter en température.
La lenteur de la décomposition du thuya s’explique par la présence de composés résineux et de thuyone, une molécule aux propriétés antiseptiques, qui agissent comme des conservateurs naturels en freinant l’activité des micro-organismes essentiels au processus de compostage. les bactéries et champignons qui devraient s’attaquer à la matière organique se heurtent à une véritable barrière chimique. Ce n’est pas un hasard si les résineux servaient autrefois à traiter le bois contre les insectes et les moisissures.
- Le thuya contient de la thuyone et des composés résineux qui agissent comme des conservateurs naturels et inhibent la décomposition microbienne
- Le rapport carbone-azote élevé (200:1) du thuya crée une carence en azote, combustible nécessaire pour que le compost monte en température
- Broyer finement les rameaux et ajouter des apports azotés réduit le délai de décomposition de 12 mois à 6 mois en conditions optimales
Une plante conçue pour résister, pas pour se décomposer
Le thuya, un conifère résistant à feuillage persistant, a été largement utilisé pour créer des haies denses à bas coût dans les années 70 et 80. Cette popularité a un revers : des millions de haies plantées à cette époque arrivent aujourd’hui à un âge où elles nécessitent des tailles sévères. Le volume de déchets verts généré est énorme, et beaucoup de jardiniers se retrouvent, comme il y a deux hivers, avec un tas qui ne chauffe pas.
Le problème ne se limite pas au thuya. C’est particulièrement vrai pour les conifères comme le cèdre, le pin ou le cyprès, qui renferment des huiles essentielles et des composés chimiques agissant comme antifongiques et insecticides naturels. Ces substances, redoutablement efficaces pour protéger l’arbre vivant contre les parasites, continuent leur travail bien après la coupe. Résultat : le tas reste froid, inerte, presque momifié.
La lignine aggrave encore la situation. Lignin is a high molecular weight polymer of aromatic compounds, thus its high resistance to decomposition, and it is a main component of the soil humus. Les rameaux de thuya, denses et fibreux, en contiennent en abondance. Ajoutez à cela des terpènes qui inhibent directement les champignons décomposeurs, l’activité inhibitrice des terpènes de conifères sur les champignons qui décomposent le bois fonctionnant comme une défense naturelle contre les infections fongiques, et vous obtenez la combinaison parfaite pour un tas qui stagne.
Le déséquilibre carbone-azote, coupable silencieux
Il y a aussi un problème de proportions. Le rapport carbone/azote typique du bois est de 200 pour 1, contre 20 pour 1 pour les feuilles. Un tas composé essentiellement de rameaux ligneux manque cruellement d’azote, ce carburant dont les micro-organismes ont besoin pour se multiplier et générer de la chaleur.
Sans azote, pas de montée en température. Le compostage tourne au ralenti.
Contrairement aux déchets de cuisine ou à la tonte de gazon, les branches se compostent lentement en raison de leur forte teneur en carbone et en lignine. Le thuya cumule donc trois handicaps : composés antiseptiques, lignine résistante et carence en azote. C’est beaucoup pour un seul arbuste, mais c’est aussi ce qui explique pourquoi certains tas de résineux traversent les saisons sans jamais chauffer, même retournés régulièrement.
Comment sauver son tas (et gagner du temps)
La première erreur classique consiste à jeter les rameaux entiers. Pour faciliter leur compostage, il est recommandé de broyer leurs feuilles, plus dures et résistantes à la décomposition. Le broyage multiplie les surfaces de contact avec les micro-organismes, ce qui change tout. Un rameau de thuya intact peut mettre des années à disparaître ; broyé finement, le délai se réduit considérablement.
Le deuxième levier, c’est l’azote. Il faut compenser le déficit du thuya en ajoutant des tontes de gazon fraîches, des épluchures ou du fumier. Le ratio idéal reste de deux tiers de matières carbonées pour un tiers de matières azotées, avec un arrosage régulier pour garder le tas humide comme une éponge essorée et un retournement toutes les quatre à six semaines. Sans cet apport, même du broyat fin de thuya restera à la traîne face au reste du compost.
Quant au délai réaliste, mieux vaut ne pas se faire d’illusions. Pour le laurier palme, un temps de décomposition de six mois est requis, tandis que le thuya nécessite le double. Douze mois, donc, dans des conditions optimales de broyage et d’équilibre azoté. En tas peu entretenu et peu broyé, comptez facilement le double, voire plus, ce qui correspond bien aux deux hivers de patience nécessaire avant de voir un résultat.
Reste une option souvent négligée : séparer complètement les résineux du reste du compost. Créer une zone de compostage séparée pour les matières ligneuses permet qu’elles se décomposent lentement sans perturber le compost principal. C’est exactement la logique du bois raméal fragmenté, avec une nuance de taille : le protocole recommande des branches de moins de 7 cm, issues de feuillus, avec un maximum de 20 % de résineux, incorporées dans les dix premiers centimètres du sol. Au-delà de ce seuil, l’effet antiseptique du thuya prend le dessus et bloque la vie microbienne du sol plutôt que de la nourrir.
Une dernière précaution mérite d’être connue avant d’épandre ce broyat au pied des massifs. L’acidité générée par les résineux peut être neutralisée grâce à un apport de chaux dans le compost, à raison de 1 à 2 kg par mètre cube. Les hortensias et les plantes de terre de bruyère s’en accommodent très bien sans correction ; les autres cultures, en revanche, apprécieront ce rééquilibrage avant toute utilisation au potager.
Sources : plantes-jardins.fr | acturoubaix.fr