Le laurier palme (Prunus laurocerasus) supporte la taille sévère, et mieux que la plupart des haies persistantes. Coupé à 60 cm du sol, il repart presque toujours de la souche, à condition de respecter la bonne période et de ne pas le laisser s’épuiser ensuite.
- La fin de l’hiver, de fin février à fin mars, est la période la plus favorable à la taille sévère.
- Un laurier de 25 ans au pied sain repart généralement bien après un recépage.
- Il faut compter trois ans pour retrouver un écran convenable à hauteur d’homme.
Pourquoi le laurier palme pardonne presque tout
Cet arbuste originaire du Caucase et d’Asie mineure porte des bourgeons dormants sur le vieux bois, y compris sur des branches de la grosseur d’un avant-bras. Quand la partie aérienne disparaît, la sève les réveille. C’est ce qui permet de rabattre une haie de 4 mètres devenue envahissante.
Les jardiniers parlent de taille de rajeunissement ou de recépage. Elle diffère de la taille d’entretien, qui se contente de couper les pousses de l’année avec un taille-haie.
Le revers est connu. Un laurier coupé à blanc perd d’un coup sa capacité à nourrir ses racines par la photosynthèse.
Il puise alors dans ses réserves, d’où l’importance du moment choisi, de l’âge du sujet et de son état sanitaire. Un laurier de 25 ans, au pied sain, repart généralement bien. Un sujet affaibli par un sol asphyxiant ou par des attaques de champignons risque de ne pas se relever.
Quand intervenir, et jusqu’où couper
La fenêtre idéale s’étend de fin février à fin mars, juste avant la reprise de végétation. La sève est encore basse, les gels les plus durs sont derrière, et la plante a tout le printemps pour reconstituer son feuillage. Certains paysagistes acceptent une coupe en septembre, mais les jeunes pousses tendres risquent alors de souffrir du froid.
Évitez la période de nidification, du 15 mars au 31 juillet environ. La loi protège les oiseaux et leurs nids, et une haie de laurier abrite régulièrement merles, mésanges et rouges-gorges. Un contrôle visuel avant de couper évite les mauvaises surprises.
Pour la hauteur, plusieurs écoles coexistent. La taille sévère classique ramène la haie à 1,20 ou 1,50 m, en conservant quelques branches charpentières. Le recépage total descend à 30 ou 50 cm du sol.
Le second est plus risqué, mais il donne une haie plus dense à la base, car toute la ramure est reconstruite. Si vous hésitez, procédez en deux temps : un côté la première année, l’autre l’année suivante.
La coupe elle-même se fait avec des outils propres et affûtés. Une scie égoïne ou une scie de élagage pour les gros troncs, un sécateur de force pour les branches de 2 à 4 cm de diamètre. Les tronçonneuses sont réservées aux grosses souches, et la coupe doit rester nette, légèrement inclinée pour que l’eau ne stagne pas.
Les soins qui décident de la repousse
Après la coupe, tout se joue dans les six semaines suivantes. Un paillage de 5 à 8 cm de copeaux ou de broyat au pied limite l’évaporation et garde les racines au frais. Un arrosage copieux, de l’ordre de 20 litres par mètre linéaire toutes les deux semaines en l’absence de pluie, soutient la reprise.
Un apport d’engrais organique, comme du compost mûr ou de la corne broyée, relance la végétation sans la brûler. Évitez les engrais azotés minéraux très concentrés, qui provoquent des pousses molles, sensibles au froid et aux pucerons.
Les premiers rejets apparaissent en général entre trois et six semaines. Sur les gros troncs, ils sortent parfois à 30 cm de la coupe, voire directement du collet.
Un tri s’impose alors : gardez les rejets les mieux placés et supprimez ceux qui poussent vers l’intérieur ou se croisent. Dès que les pousses atteignent 20 à 30 cm, pincez leur extrémité pour déclencher la ramification. Sans ce geste, la haie reste dégarnie à la base.
Comptez trois ans pour retrouver un écran convenable à hauteur d’homme, et quatre à cinq pour une haie dense de 2 mètres. Pendant ce temps, la perte d’intimité est réelle. Un brise-vue temporaire en ganivelle ou en canisse règle le problème sans abîmer les rejets.
Les cas où la taille sévère échoue
Le laurier n’est pas invincible. Les sols lourds et gorgés d’eau l’exposent à la pourriture racinaire, et une taille drastique n’arrange rien. Le criblure, maladie du « plomb » provoquée par un champignon du genre Stigmina, perce les feuilles de petits trous ronds, et la plante affaiblie encaisse mal un recépage.
Autre piège : la sécheresse. Après les étés caniculaires des dernières années, de nombreuses haies de laurier ont jauni, parfois jusqu’à sécher sur pied. tailler sévèrement un arbuste déjà stressé par le manque d’eau revient à l’achever.
Vérifiez avant de couper. Grattez l’écorce d’une branche avec l’ongle : si le dessous est vert et humide, le bois est vivant. S’il est brun et sec, le rameau est mort.
Un dernier point concerne les déchets. Les feuilles, les graines et le bois contiennent des composés cyanogènes, toxiques pour le bétail et dangereux pour les chevaux, d’où l’intérêt de ne jamais jeter les tailles dans un pré. Broyez-les en revanche, une fois séchées, pour en faire un paillis utilisable au pied de la haie elle-même.
Côté voisinage, rappelez-vous la règle du Code civil : au-delà de 2 mètres de hauteur, la haie doit être plantée à au moins 2 mètres de la limite de propriété, et à 0,50 m en dessous. Un laurier recépé à 1,50 m rentre dans la seconde catégorie, un argument concret pour couper en douceur plutôt que de laisser repousser à 5 mètres.