Thuya couché par le vent : comment le redresser, le tuteurer et savoir s’il reprendra

Un thuya penché après une tempête n’est pas forcément condamné. Tout dépend de ce qui s’est passé sous terre : si la motte est restée en grande partie intacte et si les racines n’ont pas été arrachées sur plus de la moitié de leur périmètre, le redressement a de bonnes chances de réussir, à condition d’intervenir vite.

Le délai compte plus que le geste lui-même. Dans les 48 heures qui suivent la chute, les racines exposées commencent à se dessécher, et un fin chevelu racinaire meurt en quelques heures par temps sec et venteux.

À retenir
  • Une motte basculée reprend bien, une motte arrachée beaucoup moins
  • Les racines exposées se dessèchent en moins de 48 heures
  • Un tuteurage à trois haubans tient deux à trois ans
  • Le test de l’écorce à l’ongle révèle si la sève circule encore

Évaluer les dégâts avant de toucher à quoi que ce soit

Commencez par observer le sol autour du pied. Une fissure en croissant du côté opposé à l’inclinaison, une butte de terre soulevée de l’autre côté : ce sont les signes d’une motte basculée, pas arrachée. C’est le cas le plus favorable.

Il faut ensuite jauger la taille du sujet. Un thuya de 1,50 m se redresse seul, en se plaçant face à lui et en le tirant par le tronc. Au-delà de 3 mètres, la motte pèse facilement plusieurs centaines de kilos, et il vaut mieux être deux ou trois, voire faire appel à un élagueur équipé d’une sangle.

Les racines, enfin. Si vous apercevez des racines principales cassées net, de la taille d’un doigt ou plus, ou si la motte s’est fendue en deux, les chances de reprise chutent nettement.

Sur une haie entière, le raisonnement change. Un sujet couché tire souvent ses voisins, et l’ensemble peut avoir été déstabilisé sans que cela se voie encore.

Redresser le thuya, geste par geste

Arrosez d’abord copieusement le sol si la terre est dure : une terre détrempée en surface mais compacte en profondeur résiste moins au levier. Sur sol très humide après la pluie, l’opération est au contraire plus aisée, la motte glisse mieux dans son trou.

Dégagez la terre côté soulevé avec une bêche pour créer un espace, puis redressez progressivement en poussant la base du tronc, pas la cime. Tirer sur le haut du feuillage risque de casser la tige principale et ne fait que déchirer les racines.

Une fois droit, comblez les vides avec de la terre mélangée à un peu de compost, sans trop tasser à la botte. Un piétinement excessif écrase les racines et chasse l’air dont elles ont besoin.

Formez enfin une cuvette d’arrosage de 10 cm de haut autour du pied, puis versez 20 à 30 litres d’eau lentement pour plaquer la terre contre les racines.

Tuteurer correctement, sans étrangler l’arbre

Le tuteurage est obligatoire pour un sujet de plus de 1,50 m. La méthode la plus fiable repose sur trois haubans à 120 degrés, fixés à un tiers environ de la hauteur du tronc, ancrés dans le sol par des piquets de 60 à 80 cm enfoncés en biais.

Pour les attaches, choisissez une sangle plate, un lien en caoutchouc ou un vieux tuyau d’arrosage fendu enfilé sur le câble. Un fil de fer nu, lui, entaille l’écorce en quelques mois et ouvre la porte aux champignons.

Un tuteur unique planté à côté du tronc suffit seulement pour les jeunes plants de moins de 2 m. Placez-le côté vent dominant, et ne le plantez jamais dans la motte, au risque de transpercer les racines.

Gardez le dispositif en place deux ans, parfois trois pour un grand sujet. Un thuya enlevé trop tôt reprend sa pente à la première rafale.

Savoir si le thuya reprendra

La patience est ici la seule vraie méthode. Le thuya met plusieurs semaines à réagir, parfois jusqu’au printemps suivant, et le jaunissement d’une partie du feuillage dans les premiers mois est fréquent, sans être forcément fatal.

Le test de l’écorce donne une réponse plus fiable que la couleur du feuillage. Grattez légèrement un rameau avec l’ongle : un tissu vert et humide dessous signifie que la sève circule encore. Un tissu brun et sec indique que la branche est morte.

Un brunissement qui gagne le haut de l’arbre au bout de six à huit semaines est mauvais signe. Mais un arbre dont le feuillage reste vert à la fin du printemps suivant, avec de nouvelles pousses d’un vert plus clair en bout de rameaux, est sauvé.

Le thuya ne repart pas du vieux bois. Une branche entièrement dégarnie et brune ne reverdira jamais, c’est une particularité des conifères de cette famille, qui explique pourquoi il ne supporte pas la taille drastique.

Accompagner la reprise pendant la première année

L’arrosage décide de tout. Comptez 15 à 20 litres par semaine en l’absence de pluie pendant la première saison, en une seule fois plutôt qu’en petites quantités quotidiennes qui n’atteignent pas les racines profondes.

Un paillage de 5 à 8 cm d’écorce de pin ou de broyat ralentit l’évaporation. Laissez un espace de quelques centimètres autour du tronc pour éviter l’humidité stagnante au collet.

Évitez l’engrais azoté pendant cette période : il pousse le feuillage alors que les racines n’ont pas encore retrouvé leur capacité d’absorption. Mieux vaut un apport de fertilisant racinaire ou de mycorhizes au moment de la replantation.

Taillez seulement les rameaux cassés, et à la jonction avec une branche saine. Si l’arbre est irrémédiablement perdu, comptez sur les sujets voisins : une trouée dans une haie de thuyas se comble rarement par un simple remplacement, car le nouveau plant mettra des années à rattraper ses aînés, et choisir un sujet de 1,25 m minimum limite le décalage.